terça-feira, 5 de abril de 2022

Playbook Paris: Affaire Jérémy Cohen — Multiplex LFI — Emballé, c’est Spezet

 


Playbook Paris: Affaire Jérémy Cohen — Multiplex LFI — Emballé, c’est Spezet

BY PAULINE DE SAINT REMY AND JULIETTE DROZ

April 5, 2022 7:10 am

https://www.politico.eu/newsletter/playbook-paris/affaire-jeremy-cohen-multiplex-lfi-emballe-cest-spezet/

 

POLITICO Playbook Paris

Par PAULINE DE SAINT REMY et JULIETTE DROZ

 

Bonjour à toutes et à tous, bon réveil, nous sommes mardi 5 avril 2022.

 

AFFAIRE SENSIBLE

FAIT DE CAMPAGNE. Commençons par une info Playbook : le cabinet d’Emmanuel Macron a eu la mère de Jérémy Cohen, hier, au téléphone, après que “l’affaire” sur les circonstances de sa mort a pris une tournure très politique. Le chef de l’Etat “suit de près” l’évolution du dossier et a demandé au Garde des Sceaux d’en faire de même et de le tenir “personnellement informé”, confiait son entourage à votre infolettre dans la soirée.

 

De quoi il s’agit : Jérémy Cohen était un jeune homme de 31 ans, souffrant d’un handicap léger selon son père, mort le 16 février dernier après avoir été percuté par un tramway, à Bobigny. Hier, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, rapidement devenue virale, a révélé que le drame s’est produit juste après que le jeune homme a été agressé par un groupe d’une quinzaine de jeunes, qu’il fuyait. “Quelques instants avant l’accident, la victime avait subi des violences”, a d’ailleurs confirmé le parquet de Bobigny dans un communiqué. Le caractère antisémite de l’agression de la victime, qui est de confession juive, n’a pas été établi par la justice à ce stade et n’est pas revendiqué par la famille, qui néanmoins ne “l’exclut pas”, selon les mots de son avocat. Une information judiciaire pour “violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner” a été ouverte.

 

Pourquoi ça monte : plusieurs candidats ont réagi très rapidement à l’affaire, hier. Eric Zemmour notamment, qui, peu avant 15 heures, évoquait dans un tweet (puis deux autres, dans le quart d’heure) des “images glaçantes”. “Est-il mort parce que juif ? Pourquoi cette affaire est-elle étouffée ?” s’interrogeait-il, en référence à un article du Parisien datant d’avant les révélations sur les circonstances de la mort du jeune homme, simplement titré : “Un piéton décède après avoir été heurté par un tramway”. A 18 heures, le candidat de Reconquête! faisait paraître une tribune sur le site de Valeurs actuelles, parlant d’un “symptôme de la tragédie que vit notre pays”.

 

Invité du 20 heures de TF1, Zemmour a ensuite assuré que son premier acte en tant que président serait de rendre visite à la famille Cohen, avant d’affirmer que le père du jeune homme lui avait écrit pour lui demander de porter l’affaire dans le débat public. Ce que ce dernier, qui raconte avoir dû enquêter lui-même avec l’aide de ses fils, a confirmé plus tard dans la soirée, sur BFMTV. Gérald Cohen était en effet l’invité hier de Touche pas à mon poste, sur C8, puis de BFMTV, à 22 heures, contribuant à donner un retentissement médiatique à l’affaire. “Ce qu’on ne veut pas, c’est qu’il y ait une récupération partisane”, a toutefois martelé son avocat, qui l’accompagnait, visant l’ensemble de la classe politique.

 

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Il faut dire que les autres candidats ne sont pas en reste : réagissant à peine un quart d’heure après le premier tweet de Zemmour, Marine Le Pen évoquait ce qui “pourrait être un meurtre antisémite” et s’interrogeait sur le “silence” entourant supposément l’affaire. Valérie Pécresse, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, notamment, ont témoigné un peu plus tard dans la journée de leur “soutien” aux proches de la victime et demandé à ce que “lumière soit faite”, la première évoquant l’hypothèse d’un acte antisémite dans son tweet, contrairement aux deux autres.

 

Pourquoi la Macronie est sur ses gardes. Si nul ne s’aventurait encore à affirmer, hier, que l’affaire pourrait être un tournant dans la campagne, la prudence était de mise, alors qu’est paru dans l’après-midi un sondage Harris plaçant Emmanuel Macron et Marine Le Pen à trois points d’écart seulement au second tour, avec respectivement 51,5% et 48,5% des voix, soit une perte de 6,5 points pour le président sortant en l’espace d’un mois : “Ça rajoute au vent mauvais, à la puanteur ambiante, Macron ne pouvait pas le négliger à une semaine du premier tour”, commentait hier soir un ex-communicant de la majorité, sollicité par Playbook. “La communauté juive est un groupe électoral puissant. Or c’est le genre d’événement qui ravive l’émotion, le sentiment d’être seul au front, et peut déclencher un vote de colère”.

 

C’EST AUJOURD’HUI

LE MULTIPLEX LFI. C’est le grand soir pour les insoumis, qui rééditent leur pirouette technologique de 2017 — devenue depuis leur marque de fabrique — avec le retour des hologrammes-qui-n’en-sont-pas-vraiment en direct et en simultané dans douze villes du territoire (soit 5 villes de plus qu’il y a cinq ans).

 

Douze hommes en couleur. Si Jean-Luc Mélenchon ne doit être présent en chair et en os qu’à Lille — il doit d’ailleurs arriver en début d’après-midi pour sa première et unique répète en conditions réelles — sa doublure vidéoprojetée sera pour sa part au Havre, à Albertville, Besançon, Metz, Montluçon, Narbonne, Nice, Pau, Poitiers, Trappes et Vannes avec des lieutenants insoumis comme chauffeurs de salle. LFI a veillé à quadriller le territoire selon le principe suivant : qu’il y ait un meeting à moins de 250 kilomètres — soit grosso modo deux heures de voiture — que l’on habite au fin fond du Vercors ou dans la pointe du Finistère.

 

Tagada tsouin tsouin. Hier, Mélenchon avait en tout cas sa tête des bons jours, “reboosté à 3000%” par son meeting toulousain de dimanche, s’est laissé dire Playbook (pour ceux qui l’avaient raté, la presse en parlait ici ou là). Preuve de la (relative) décontraction de l’insoumis en chef, un proche parmi les proches nous le décrivait hier gobant des fraises tagada (son péché mignon) et jouant avec son hologramme de poche, un JLM miniature, qui tente depuis hier matin de draguer les jeunes sur Instagram et Snapchat.

 

Le jour de la marmotte. Il faut dire que la dernière mouture d’Harris, publiée hier soir, où Méluche gagne deux points et se hisse à 17% des intentions de vote, a semble-t-il commencé à faire planer une partie des troupes insoumises. “Ça prend la tournure d’un mouchoir de poche” dit d’ailleurs le candidat lui-même dans Libé, ce matin. C’est encore ce cadre, avec qui votre infolettre discutait au téléphone : “La campagne a recommencé aujourd’hui, il y a désormais trois candidats en lice”. Comprenez : Le Pen et Macron n’ont qu’à bien se tenir…

 

J’me voyais déjà. “Jean-Luc est déjà dans le second tour…” insistait d’ailleurs le même proche cité plus haut, manière d’installer la petite musique d’ambiance du “tout est possible”, sur fond de “rien à voir avec 2017” et autres “c’est un cran au-dessus, je n’ai jamais senti ça”. Contrairement à la précédente élection, où, de l’aveu d’un ancien membre du staff, LFI n’avait pas vu aussi loin, tout serait même prêt pour le second tour, a ouï dire Playbook. Meetings, tracts, professions de foi… la stratégie en cas de duel Macron vs Mélenchon aurait été validée par l’état-major.

 

La menace fantôme. Reste toutefois un problème de taille, dans le genre menhir, et dont l’ampleur n’a pas échappé aux plus lucides des insoumis : “Si les abstentionnistes ne se mobilisent pas… on n’est pas au second tour”. Crainte confirmée par la dernière étude de l’institut Ipsos, publiée hier, et qui a radiographié le phénomène. Dimanche, l’abstention pourrait ainsi être 7 points au-dessus de celle enregistrée en 2017 et toucher 43% des jeunes entre 25 et 34 ans, un électorat justement plutôt favorable au candidat insoumis, pointait hier matin la Fondation Jean Jaurès dans sa dernière enquête.

 

Oye como va. Après le soutien hier, dans une tribune commune, de 2 000 “personnalités”, dont quelques vedettes du monde de la culture, comme l’humoriste Blanche Gardin ou l’écrivain Edouard Louis, un nouvel appel à soutenir Mélenchon devrait d’ailleurs être diffusé ce soir, a appris Playbook, signé cette fois de la plume d’ex-présidents et intellectuels principalement issus d’Amérique latine.

 

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EMBALLÉ, C’EST SPEZET. C’est un déplacement plus low-tech pour Emmanuel Macron, qui se rend aujourd’hui à Spézet, dans le Finistère, un village de 1758 habitants dans la circonscription du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. Signe que ce crochet par les terres de son plus fidèle soutien était considéré comme un impondérable : la visite de reconnaissance des équipes du candidat a été faite le 1er février dernier, selon le Télégramme. L’éphémère ministre de la Cohésion des territoires y a d’ailleurs la super cote : “On va lui demander qui est le frilouz (morveux) à côté de lui”, ont plaisanté deux habitants du “Las Vegas breton”, cités par le Télégramme, toujours (oui, car Spézet compte encore une boîte de nuit prisée du coin).

 

Y a pas de petits projets. Le programme du président-candidat est néanmoins très succinct : attendu à 12h30 sur la place du village, il y prendra la parole un quart d’heure plus tard, avant de participer à un “banquet républicain” fermé à la presse, à 13h15. D’après le communiqué de son équipe de campagne, Macron “évoquera l’Europe, rappellera son attachement à la Bretagne et fera la revue des engagements pris en 2018 comme la mise en œuvre de la 2×2 voies de la section finistérienne de la RN164”. De fait, en visite à Quimper en 2018, le chef de l’Etat avait fait quelques promesses concernant notamment le financement de ce très gros chantier. Le choix du déplacement faisait néanmoins sourire en coin, hier, dans les rangs de la majorité. Evoquant un “déplaçounet”, par message Telegram, une conseillère estimait ainsi que le but était avant tout de “faire plaisir à Ferrand et de l’aider sur sa circonscription”.

 

GRAND ABSENT. Le président ne sera pas présent, en revanche, ce soir, à l’émission “Elysée 2022”, sur France 2, à laquelle participeront donc cinq candidats à la présidentielle, après les six premiers à la mi-mars. L’annonce a fait bondir ses rivaux, dont les représentants participaient hier à un tirage au sort pour l’ordre de passage, en visio. “C’est la campagne self-service” maugréait l’un d’entre eux hier soir au téléphone. “Il n’a participé à aucune audition de la campagne, il a envoyé à chaque fois ses ministres… La guerre a bon dos!”.

 

Alors que la chaîne envisageait initialement, contrainte de temps de parole oblige, de remplacer le président sortant par l’un de ses soutiens, comme le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, certains ont fait savoir que le macroniste en question ne serait pas le bienvenu sur la photo des candidats, réalisée en début d’émission, mais surtout exigé qu’il ne prenne pas part au tirage au sort et soit relégué à la fin. Comme l’a révélé le Parisien, France 2 a finalement décidé de diffuser des images du meeting du candidat, dimanche, dont Playbook vous parlait hier. Une option très loin de satisfaire ses adversaires. L’équipe de Valérie Pécresse notamment envisageait hier soir d’écrire à l’Arcom sur le sujet.

 

Lapix qui déchante. Si son équipe tente de convaincre qu’il n’a fait que “choisir” entre diverses options, égrenant la liste des médias à qui le président-candidat a aussi dit non — Europe 1, BFMTV, C8, TMC, CNews, entre autres — l’affaire aura soulevé quelques interrogations malgré tout. Il faut dire que Macron n’a répondu favorablement à aucune des invitations de la deux avant le premier tour, alors qu’il sera pour la quatrième fois depuis le mois de décembre sur l’antenne de TF1, mercredi soir, où il doit répondre aux questions de Gilles Bouleau. Selon différents médias, le 20 heures de France 2, présenté par Anne-Sophie Lapix, qui participe à “Elysée 2022”, est un des éléments d’explication, la journaliste étant jugée trop critique en Macronie. D’après Le Monde, alors qu’on lui soumettait un projet d’interview avec elle, en décembre dernier, pour une émission consacrée à son bilan, Emmanuel Macron aurait “évacué l’hypothèse d’un : ‘No comment!'”

 

La patronne de France télé, Delphine Ernotte, a défendu le choix du président sortant, dans une interview au Parisien, vendredi, expliquant que “les candidats ne peuvent pas aller partout”. “Il y a zéro sujet” a-t-elle même assuré. La Société des journalistes de France 2 ne l’entend manifestement pas de cette oreille et a vivement réagi, hier, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron : “Vous qui avez pour projet de supprimer la redevance et donc de priver l’audiovisuel public de son principal moyen de subsistance et d’indépendance, pourquoi ne venez-vous pas répondre aux questions des journalistes de France 2 ?” pouvait-on notamment y lire.

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