Pass vaccinal : les députés de plus en plus souvent
menacés de mort par les anti-pass
Pass
sanitaire, Faits divers, Politique
Publié le
09/01/2022 à 06:31
l'essentielDepuis la mise en place du pass sanitaire les
menaces envers les députés ont explosé. La Présidence de l’Assemblée Nationale
a pris des mesures pour mieux protéger les élus et les inciter à porter
plainte.
« Je ne pense en
permanence qu’à une seule chose : venir te décapiter. […] La raison ? Ta
collaboration, des têtes doivent tomber, et je suis prêt à venir te trancher la
tête pour montrer ma fermeté face à ta dictature ». C’est le mail qu’Agnès
Firmin Le Bodo, députée de Seine-Maritime, a reçu, le 1er janvier, dans sa
boîte, en guise de vœux. Le lendemain Naima Moutchou, députée Horizons du
Val-d’Oise, pouvait lire : « Vous ne méritez que des rafales de balles à votre
domicile et de vous faire couper la tête ». Depuis qu’en juin, le pass
sanitaire a été imposé en France, les députés qui y sont favorables sont
régulièrement pris à partie.
« La semaine
dernière, un certain nombre d’adresses personnelles, dont la mienne, ont été
publiées sur un site », nous racontait, mardi, une députée de Paris. Celle de
Jean-François Eliaou fait aussi partie du lot. Le député de l’Hérault a été
prévenu par la cellule de surveillance des cyberattaques de la gendarmerie.
Déjà début novembre, sa permanence avait été taguée de phrases comme « Laissez
nous rêver ou nous vous empêcherons de dormir ». « Les gens dénoncent une
dictature sanitaire, ce sont des personnes qui ne supportent pas l’obligation
du port du masque, les mesures de distanciation sociale… Il n’y a pas que la
vaccination. Ils contestent les chiffres qui sont donnés tous les jours,
l’efficacité de tel ou tel traitement », nous explique l’élu.
Le
phénomène a pris une telle ampleur que Richard Ferrand a mis en place un
dispositif de soutien. Des
caméras de vidéo surveillances ont été installées devant les domiciles ou les
permanences des élus visés et il a été demandé à la police et à la gendarmerie
de faire des rondes systématiques devant ces lieux. Mais pas de protection
personnelle pour ceux qui sont visés. « Il a aussi été demandé aux députés de
faire remonter tous les incidents par mail. Une référente a été nommée. Elle
incite les élus à porter plainte, elle les accompagne dans leur démarche et
leur rappelle aussi leurs droits », nous explique le cabinet du Président de
l’Assemblée nationale.
Plus de 100
plaintes déposées
Depuis la
nomination de cette dernière plus de 100 plaintes ont été déposées sans que
l’on en connaisse pour l’instant l’issue. Richard Ferrand, toujours isolé pour cause de
Covid, a promis de faire un point avant la fin du mois avec Gérald Darmanin et
Eric Dupont-Moretti.
« Tous les
groupes politiques sont concernés mais comme le sujet de crispation étant le
pass vaccinal, ce sont surtout les pro-passe qui sont visés. Les menaces
parlent beaucoup de décapitation et d’armes blanches », explique l’entourage du
président de l’Assemblée qui ajoute « cette violence n’est pas nouvelle, il y a
eu avant l’épisode des Gilets jaunes mais ça a commencé avec le glyphosate. Les
députés qui avaient voté contre l’interdiction avaient alors été visés ».
Pourtant,
nombre d’élus font la différence avec la période des Gilets jaunes. Pour Jean-François Eliaou par exemple : «
Les violences ne sont pas les mêmes. Durant la crise des Gilets Jaunes on
voyait les auteurs, ils venaient vers nous ou nous allions vers eux. C’était
une confrontation chevaleresque à visage découvert et leurs revendications
étaient, pour un certain nombre d’entre elles, extrêmement justifiées. Ce qui
n’était pas respectable c’était la violence qui est parfois allée très loin,
mais j’en ai invité certains dans ma permanence, j’ai organisé des grands
débats. Ces gens souffraient. Là non, il s’agit d’anonymat, de fake news
et de complotisme. C’est beaucoup plus pervers et beaucoup moins valeureux ».
Et il ajoute dans un clin d’œil : « Les Gilets jaunes, ils m’ont emmerdé, ils sont
venus mettre des parpaings devant ma permanence mais ils avaient mis une
moquette par terre pour ne pas salir ».
Insultes et menaces de mort
Une députée qui préfère garder l’anonymat a pris, elle, le
parti de répondre aux mails des antivax non anonymes, voire de tenter de les
joindre par téléphone : « Depuis juillet, j’en ai contacté plusieurs centaines.
Mais l’un d’eux, à qui j’ai répondu en juillet puis en novembre, a commencé à
m’insulter et en est venu récemment aux menaces de mort », nous explique-t-elle.
Désormais, certains craignent que la future campagne législative ne soit
l’occasion, pour les auteurs, de passer des paroles aux actes. « Je ne
tracterai pas seule », sourit une élue.
« Mais attention, prévient Jean- François Eliaou, les
députés ne sont pas les seuls à être menacés. Je pense aux médecins bien sûr,
aux journalistes, mais aussi aux directeurs d’hôpitaux et surtout aux élus
locaux et en particulier aux maires qui mettent en place des structures pour
vacciner, pour tester, qui organisent les protocoles dans les écoles… Ils ne
votent pas les textes mais les mettent en pratique. Ils sont autant menacés que nous d’autant
qu’ils sont plus visibles ». Et de conclure : « c’est une révolte lâche vis-à-vis des personnes qui
prennent leurs responsabilités auprès de leurs concitoyens ».
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