Vichy et
les Juifs, revisité
Robert O. Paxton
8 décembre 2021
https://k-larevue.com/vichy-et-les-juifs-revisite/
Il y a quarante ans parut, en français et anglais
simultanément, le grand livre d’histoire Vichy et les Juifs, de Michael R.
Marrus et Robert O. Paxton. Réédité en 2015, le livre connaît aujourd’hui un
regain d’intérêt, alors que certaines déclarations remettent en cause la
responsabilité de la France dans la politique persécutrice à l’égard des Juifs
sous l’occupation allemande. En
2015, à l’occasion d’une journée en hommage pour celui qui fut à l’origine de
son écriture, Roger Errera, Robert O. Paxton, qui nous autorise aujourd’hui à
reproduire ce texte, est revenu sur le difficile processus de production de ce
livre qui a si violemment mis à mal le mythe de la France résistante.
Mon
aventure avec Roger Errera commença en 1971. Le 2 juillet 1971, il m’a envoyé
une lettre qui a retenu mon attention. Évoquant la série Diaspora qu’il avait
fondée chez Calmann-Lévy peu avant, et dont les premiers titres allaient
paraître au mois d’octobre suivant, il m’a proposé d’écrire un essai sur le
régime de Vichy et les Juifs.
« Les bons
livres sur Vichy, écrivit-il dans cette lettre, sont, en France, inexistants. »
Roger
Errera ne me connaissait pas, mais il savait, par mes maîtres à Harvard,
Stanley Hoffmann et Nicholas Wahl[1] , que j’avais déjà écrit deux livres sur
Vichy. Le deuxième, sous presse à New York au moment précis de l’invitation de
Roger, allait paraître en France deux ans plus tard sous le titre La France de
Vichy, aux éditions du Seuil. Roger n’avait donc pas pu lire ce livre-là. Mais
il m’indiquait dans sa lettre qu’il avait bien lu mon premier livre sur Vichy,
ma thèse de doctorat sur l’armée de l’armistice, publiée aux États-Unis en 1966
(et traduite en français sous le titre L’Armée de Vichy, seulement 38 ans plus
tard).
Il faut
signaler qu’en 1971 mon premier livre sur Vichy était quasiment inconnu en
France. S’il avait bien figuré sur une liste de « livres reçus » dans un numéro
de la Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, aucune publication
française n’en avait publié de recension, à ma connaissance, sauf huit lignes
dans la Revue française de science politique (février 1967). Le livre était,
après tout, en anglais. J’ai dû en offrir moi-même un exemplaire à la
Bibliothèque nationale. Il
est vrai que la bibliothèque de Sciences Po en a acheté un exemplaire –
c’était, je crois, la seule bibliothèque en France à faire cela.
Roger Errera
appartenait donc à un club extrêmement exclusif : le petit cercle très
restreint de Français qui, à cette époque-là, connaissait mon premier livre,
celui sur l’armée de Vichy. Je voyais immédiatement que j’avais affaire à
quelqu’un d’une curiosité et d’une énergie intellectuelle hors du commun,
quelqu’un qui lisait tout, en plusieurs langues. Cette première impression
positive n’a jamais été démentie par la suite.
Je dois dire que
j’ai hésité devant l’invitation de Roger. Je n’avais pas envisagé de tourner
mon attention dans cette direction-là. Je viens d’une famille protestante
américaine qui, établie en Virginie depuis le début du dix-septième siècle,
n’avait jamais eu le moindre contact avec le monde du judaïsme. Je pensais
plutôt orienter mes recherches ultérieures sur Vichy vers le monde des affaires
et la collaboration économique.
Ce qui m’a
persuadé d’accepter l’invitation de Roger Errera, au-delà de l’intérêt
intrinsèque du sujet, était que je soupçonnais à ce moment- là que mon deuxième
livre sur Vichy allait suivre en France le même chemin vers l’oubli que le
premier. Roger m’offrait en effet un moyen garanti de m’exprimer sur la France
de Vichy face au public français. De plus, sa façon de présenter le sujet
m’attirait. Il
cherchait quelqu’un qui savait exploiter les archives allemandes, dont il
comprenait bien l’importance. Nous étions entièrement d’accord sur ce point.
Voici
comment, en juillet 1971, il envisageait mon carnet de route :
« Parts
respectives de Vichy et des Allemands dans l’élaboration des lois raciales ;
collaboration aux mesures de persécution et de déportation – attitude des
différents responsables à cet égard ; bilan final. Autant d’aspects qui
attendent toujours leur historien. » Le livre qui est né de notre collaboration
a bien correspondu à cette perspective initiale.
Je ne peux
pas vous dire que la préparation du livre a suivi un chemin droit et sans
heurts. Elle a été plutôt compliquée par des diversions et des interruptions. D’abord,
j’étais obligé de terminer un autre projet, déjà en chantier. Je m’étais engagé à écrire un manuel pour les
étudiants universitaires américains sur l’histoire de toute l’Europe au
vingtième siècle. Ce projet a pris plus de temps que prévu. Une fois Europe in
the Twentieth Century (L’Europe au vingtième siècle) sorti, en 1975, j’étais
prêt à commencer Vichy et les Juifs.
Notre
collaboration a été intense et fructueuse. D’abord, Roger a fait ouvrir, par les bons offices
de Jean-Claude Casanova[2], une partie importante des archives de l’État
français. Cette dérogation a rencontré quelques résistances. Un des présidents
de la salle de lecture aux Archives nationales, la vieille salle de lecture sur
la rue des Francs-Bourgeois, refusait systématiquement d’honorer la lettre
d’autorisation très officielle de M. le Directeur des Archives nationales. J’ai
oublié le nom de l’archiviste en question (le docteur Freud dirait que je l’ai
refoulé). Avant d’entrer dans la salle de lecture, donc, je regardais par la
vitre de la porte à double battant pour voir qui présidait la salle ce jour-là.
Si c’était mon adversaire, je n’y entrais pas. Je faisais demi-tour et partais
passer la journée à la Bibliothèque nationale. J’ajoute que beaucoup
d’archivistes et de bibliothécaires français, en dehors de ce monsieur trop
frileux, m’ont très aimablement aidé.
Roger était pleinement engagé dans cette entreprise. J’ai pu mesurer l’intensité de son
engagement par le flot de lettres, de livres, et de communications diverses qui
sont arrivés chez nous à New York. Nous partagions le même but : celui de
produire un livre qui serait irréfutable par le sérieux de sa documentation et
par la force de sa démonstration.
Nous voulions
montrer la vérité de chaque phrase par une référence aux sources de l’époque.
Pour mon premier livre sur Vichy, sur l’armée de l’Armistice, j’avais
interviewé une trentaine de généraux et de colonels, à commencer par le général
Weygand lui-même. J’ai même interviewé Xavier Vallat, mais au sujet de la
Légion française des combattants, et non pas au sujet du Commissariat général
aux questions juives. Mais peu à peu j’ai appris que les souvenirs sont moins
dignes de foi que les archives, surtout quand le sujet est brûlant. Non pas
forcément que les témoins mentent, même si cela peut arriver. Le nœud du
problème est ailleurs : la situation et les mentalités ont évolué au point où
les témoins deviennent presque incapables de reconstituer le passé de façon
authentique. Ainsi, pour préparer le deuxième livre, La France de Vichy, j’ai
fait peu d’interviews. Pour le troisième, Vichy et les Juifs, Roger pensait
comme moi qu’il ne valait pas la peine de parler aux responsables. On aurait pu
parler aux victimes à l’infini, mais notre sujet n’était pas les Juifs sous
Vichy mais la politique du gouvernement et de l’administration de Vichy envers
les Juifs.
Mon travail
a pris rapidement un retard considérable. Mais Roger, qui ne cachait pas son souhait de
terminer rapidement notre projet, n’a jamais perdu sa courtoisie habituelle. De
mon côté, pourtant, j’étais de plus en plus découragé par la lourdeur de la
tâche et par le caractère sordide de cette histoire. Le moment est arrivé en
1976 quand j’ai annoncé à Roger que je voulais abandonner le projet. Roger a
fait appel à tous ses talents de magistrat et de diplomate pour trouver une
solution. Finalement, nous avons invité Michael Marrus, un jeune historien
canadien, à devenir co-auteur. Marrus avait écrit un des premiers livres
publiés par Roger dans la série Diaspora : Les Juifs de France à l’époque de
l’affaire Dreyfus. L’assimilation à l’épreuve [1972]. Marrus et moi, nous nous
connaissions déjà. Marrus était doctorant à l’Université de Californie à
Berkeley au moment même où j’y arrivais comme assistant. Marrus a accepté notre
invitation. Le livre devient donc le Marrus et Paxton. C’est une tâche ingrate
d’écrire un livre à deux, mais je peux affirmer que, Michael et moi, sommes
toujours amis.
Le livre est
sorti, en 1981, à la fois en France et aux États-Unis. Il n’a pas soulevé la
même polémique en France que mon livre précédent, La France de Vichy, qui était
sorti huit ans plus tôt. Grâce à notre détermination à tout documenter
solidement, il était difficile de nier nos conclusions. Nos adversaires
prétendaient – et prétendent toujours – que notre travail donne une image trop
noire de la réalité, mais ils ne sont pas parvenus à trouver des erreurs de
fait vraiment conséquentes.
Notre première
conclusion, à savoir que les premières lois raciales de Vichy ne devaient rien
aux pressions directes allemandes, est généralement acceptée aujourd’hui. Il
reste difficile pourtant de persuader le lecteur moyen, encore à présent, que
les Allemands ne désiraient pas, en 1940, une France « Judenrein ». Au contraire, ils voulaient faire de
la zone non-occupée un dépotoir pour leurs propres Juifs. La politique
allemande concernant la situation des Juifs en France était donc en 1940 le
contraire de celle de Vichy. Au moment même où le maréchal Pétain serrait la
main de Hitler dans la petite gare de Montoire-sur-le-Loir, en octobre 1940,
les autorités locales de la Rhénanie envoyaient plus de 6 000 Juifs allemands
en zone libre dans des wagons de chemin de fer scellés, au grand dam des
autorités de Vichy. Les gouvernements successifs de la Troisième République
avaient cherché depuis la fin des années 1930 à se débarrasser du trop-plein
des réfugiés espagnols et juifs, et le désastre de 1940 avait rendu ce désir
encore plus vif. Ceci aide à expliquer pourquoi Vichy a accepté avec tant
d’allégresse de participer au transfert des Juifs allemands en 1942, quand les
dirigeants nazis ont remplacé leur politique d’expulsion par une politique de
récupération des Juifs afin de les exterminer.
Notre deuxième conclusion, à savoir que les mesures
antisémites de Vichy ont été appliquées avec rigueur jusqu’au dernier moment, a
été validée par toute une suite d’ouvrages scientifiques qui ont été publiés
depuis.
Notre
troisième conclusion a concerné l’opinion publique. Selon les rapports des
préfets, le public français a souvent accueilli les premières mesures de
discrimination et d’exclusion de Vichy avec indifférence, parfois avec
approbation. Ceux qui cherchent à réfuter ce point sont obligés de croire que
les préfets et aussi les services d’écoutes ont falsifié leurs rapports au
Ministre de l’Intérieur. Puis l’opinion a connu un revirement frappant : le
public français a été révolté par les arrestations de masse et les séparations
de familles qui ont accompagné les déportations qui commencèrent au mois de
mars 1942. À partir de l’été
1942, des actions de sauvetage se sont répandues en France, suivant un
développement que nous n’avons peut-être pas suffisamment souligné dans notre
livre. Au dernier moment, pour combler cette lacune, nous avons dédicacé Vichy
et les Juifs aux « Français qui, entre 1940 et 1944, ont aidé les Juifs
persécutés en France ».
Le sort des Juifs
en France sous l’occupation allemande reste encore aujourd’hui un sujet
brûlant. Une certaine vedette de la télévision française a écrit l’année
dernière [2014] que c’est moi qui ai appris aux Français à se détester. Deux
livres récents affirment que Vichy a essayé depuis le début de sauver les Juifs
de nationalité française. Il est facile de montrer que cet effort n’a commencé
qu’à l’été 1942, et qu’il n’a eu qu’une portée restreinte. Un grand livre
récent sur le sauvetage des Juifs pendant l’Occupation pose de nouveau la
question : pourquoi tant de Juifs ont-ils survécu en France ? Selon ce livre,
un sursaut de la sympathie envers les Juifs, devenue presque universelle en
1942, explique ce résultat relativement positif. Mais ne doit-on pas plutôt poser la question
dans l’autre sens ? Pourquoi, étant donné les opportunités de sauvetage
multiples en France, tant de Juifs y ont-ils péri ? Le sujet reste d’une grande
actualité dans les débats d’aujourd’hui.
Je suis en train de préparer une nouvelle édition de Vichy
et les Juifs [publiée en octobre 2015]. La quantité et la qualité des travaux scientifiques parus pendant les trois
dernières décennies rendent cette tâche obligatoire. Nous croyons, Marrus et
moi, que tous ces nouveaux ouvrages n’ont pas renversé nos conclusions
principales. Les nouveaux travaux les renforcent plutôt : le manque de moyens
du côté allemand rendant indispensable l’aide de l’administration française ;
le rôle majeur de l’administration traditionnelle, et pas seulement le
Commissariat général aux questions juives, dans l’application des mesures de
discrimination contre les Juifs ; l’effort pour remplacer les mesures
antisémites allemandes en zone occupée par des mesures françaises s’appliquant
à toute la France.
Roger a soutenu
avec enthousiasme le projet d’une deuxième édition de Vichy et les Juifs. Comme
autrefois, les messages commençaient à pleuvoir à New York, prenant cette fois
une forme électronique. Mais,
hélas, il n’a pas pu voir le résultat. Je le remercie encore aujourd’hui pour
son inspiration initiale, pour son enthousiasme incessant, pour ses sages
conseils, et pour son amitié.
Robert O. Paxton
Le titre du
texte, est celui, original, de l’hommage de Robert Paxton à Errera prononcé en
2015.
Notes
1 Stanley Hoffmann (1928-2015).
Professeur de science politique à l’université Harvard (Massachusetts),
fondateur du Centre d’études Européennes dans cette université, titulaire de la
chaire de civilisation française à partir de 1980 et de celle de relations
internationales à partir de 1997. Stanley Hoffmann avait préfacé La France de
Vichy : 1940-1944, de Robert O. Paxton, paru aux éditions du Seuil en 1973,
ouvrage traduit de l’anglais Vichy France. Old Guard and New Order, 1940-1944, Alfred A.
Knopf, New York, 1972. Anthony
Nicholas Maria Wahl (1928-1996). Spécialiste de l’histoire politique de la
France contemporaine, il a enseigné à Harvard, à Princeton et il a dirigé
l’Institute of French Studies à New York University, de 1978 à 1996. (NDLR)
2 Jean-Claude Casanova (1934-),
professeur agrégé des facultés de droit et de sciences économiques, directeur
d’études et de recherches à la Fondation nationale des sciences politiques
jusqu’en 1990. Durant la période de rédaction de Vichy et les Juifs, il a
exercé les fonctions de conseiller technique notamment au cabinet de Joseph
Fontanet, ministre de l’Education nationale, de 1972 à 1974, et de conseiller
auprès de Raymond Barre, premier ministre, de 1976 à 1981.(NDLR)
Vichy and the Jews, revisited
Robert O. Paxton
December 8 , 2021
https://k-larevue.com/vichy-et-les-juifs-revisite/
Forty years ago,
Michael R .'s great
history book Vichy and the Jews appeared
in French and English simultaneously. Marrus and Robert O. Paxton. Republished in 2015, the book is
now experiencing a resurgence of
interest, while some statements call into question France's responsibility for
the persecutory policy towards Jews
under German occupation. In 2015, on the occasion of a day in tribute
to the one who was at the origin of his writing, Roger Errera, Robert O.
Paxton, who allows us today to reproduce this text, returned to the difficult
process of production of this book that has so violently undermined the myth of
resistant France.
My adventure with
Roger Errera began in 1971. On July 2, 1971, he sent me a letter that caught my
attention. Evoking the Diaspora series that he had founded at Calmann-Lévy
shortly before, and whose first titles would appear the following October, he
offered me to write an essay on the Vichy regime and the Jews.
"Good books
on Vichy," he wrote in this letter, "are non-existent in
France."
Roger Errera did
not know me, but he knew, through my masters at Harvard, Stanley Hoffmann and
Nicholas Wahl[1], that I had already written two books on Vichy. The second, in
press in New York at the precise moment of Roger's invitation, would be
published in France two years later under the title La France de Vichy,
published by Editions du Seuil. Roger had not been able to read that book. But
he told me in his letter that he had read my first book on Vichy, my doctoral
thesis on the armistice army, published in the United States in 1966 (and
translated into French under the title L'Armée de Vichy, only 38 years later).
It should be
noted that in 1971 my first book on Vichy was almost unknown in France.
Although he had been on a list of "books received" in an issue of the
Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, no French publication had
published a review of it, to my knowledge, except eight lines in the Revue
française de science politique (February 1967). The book was, after all, in
English. I had to give a copy to the National Library myself. It is true that
the Sciences Po library bought a copy – it was, I believe, the only library in
France to do this.
Roger Errera
therefore belonged to an extremely exclusive club: the small and very small
circle of French people who, at that time, knew my first book, the one on the
Vichy army. I immediately saw that I was dealing with someone of extraordinary
curiosity and intellectual energy, someone who read everything, in several
languages. This first positive impression was never denied afterwards.
I must say that I
hesitated at Roger's invitation. I hadn't considered turning my attention in
that direction. I come from an American Protestant family that, established in
Virginia since the beginning of the seventeenth century, had never had any
contact with the world of Judaism. I thought I would focus my further research
on Vichy on the business world and economic collaboration.
What persuaded me
to accept Roger Errera's invitation, beyond the intrinsic interest of the
subject, was that I suspected at that time that my second book on Vichy would
follow in France the same path towards oblivion as the first. Roger offered me
a guaranteed way to express myself on Vichy France in front of the French
public. In addition, his way of presenting the subject attracted me. He was
looking for someone who knew how to exploit the German archives, whose
importance he understood well. We were in complete agreement on that.
Here's how, in
July 1971, he envisioned my journey diary:
"Respective
shares of Vichy and Germans in the elaboration of racial laws; collaboration in
the measures of persecution and deportation – attitude of the various officials
in this regard; final assessment. So many aspects that still await their
historian. The book that was born from our collaboration corresponded well to
this initial perspective.
I can't tell you
that the preparation of the book followed a straight and smooth path. It has
been rather complicated by diversions and interruptions. First, I was forced to
finish another project, already under
construction. I had committed to writing
a textbook for American university students on the history of all of Europe in
the twentieth century. This project took longer than expected. Once Europe in
the Twentieth Century was released, in 1975, I was ready to start Vichy and the
Jews.
Our collaboration
has been intense and fruitful. First, Roger had an important part of the
archives of the French State opened, through the good offices of Jean-Claude
Casanova[2]. This derogation has met with some resistance. One of the
presidents of the reading room at the National Archives, the old reading room
on rue des Francs-Bourgeois, systematically refused to honor the very official
letter of authorization from the Director of the National Archives. I forgot
the name of the archivist in question (Dr. Freud would say I turned him away).
Before entering the reading room, therefore, I looked through the glass of the
double-leaf door to see who was presiding over the room that day. If it was my
opponent, I didn't get in. I turned around and went to spend the day at the
National Library. I would add that many French archivists and librarians, apart
from this overly cautious gentleman, have very kindly helped me.
Roger was fully
committed to this endeavor. I was able
to measure the intensity of his commitment by the flood of letters, books, and
various communications that arrived at our home in New York. We shared the same
goal: that of producing a book that would be irrefutable by the seriousness of
its documentation and by the strength of its demonstration.
We wanted to show
the truth of each sentence with a reference to the sources of the time. For my
first book on Vichy, on the Armistice Army, I interviewed about thirty generals
and colonels, starting with General Weygand himself. I even interviewed Xavier
Vallat, but about the French Legion of Combatants, not about the General
Commissariat for Jewish Questions. But little by little I learned that memories
are less trustworthy than archives, especially when the subject is hot. Not
necessarily that witnesses are lying, although it can happen. The crux of the
matter lies elsewhere: the situation and mentalities have evolved to the point
where witnesses are becoming almost unable to reconstruct the past in an
authentic way. Thus, to prepare the second book, La France de Vichy, I did few
interviews. For the third, Vichy and the Jews, Roger thought, as I did, that it
was not worth talking to those in charge. We could have talked to the victims
endlessly, but our subject was not the Jews under Vichy but the policy of the
Vichy government and administration towards the Jews.
My work quickly
fell considerably behind schedule. But Roger, who did not hide his desire to
finish our project quickly, never lost his usual courtesy. For my part,
however, I was increasingly discouraged by the heaviness of the task and the
sordid nature of this story. The moment came in 1976 when I told Roger that I
wanted to abandon the project. Roger called on all his talents as a magistrate
and diplomat to find a solution. Finally, we invited Michael Marrus, a young
Canadian historian, to become a co-author. Marrus had written one of the first
books published by Roger in the Diaspora series: The Jews of France at the Time
of the Dreyfus Affair. Assimilation to the test [1972]. Marrus and I already
knew each other. Marrus was a PhD student at the University of California,
Berkeley just as I was getting there as an assistant. Marrus accepted our
invitation. The book thus becomes the Marrus and Paxton. It's a thankless task
to write a book for two, but I can say that Michael and I are still friends.
The book was
released in 1981 in both France and the United States. It did not raise the
same controversy in France as my previous book, La France de Vichy, which had
been released eight years earlier. Thanks to our determination to document
everything solidly, it was hard to deny our conclusions. Our opponents claimed
– and still claim – that our work gives too dark a picture of reality, but they
have not been able to find any truly substantial errors of fact.
Our first
conclusion, that vichy's early racial laws owed nothing to direct German
pressure, is generally accepted today. It remains difficult, however, to persuade the average reader, even now, that
the Germans did not want, in 1940, a
"Judenrein" France. On the
contrary, they wanted to turn the unoccupied area into a dumping ground for
their own Jews. German policy regarding
the situation of Jews in France was therefore the opposite of that of Vichy in 1940
. Just as Marshal Pétain was
shaking Hands with Hitler in the small
station of Montoire-sur-le-Loir in October 1940, the local authorities of the Rhineland were sending more than 6,000 German Jews into the free zone in wagons of
railway sealed, much to the chagrin of
the Vichy authorities. Successive governments
of the Third Republic had sought since the late 1930s to get rid of the overflow of Spanish
and Jewish refugees, and the disaster of 1940 had made this happen. desire even more vivid. This helps explain why Vichy so gladly
agreed to participate in the
transfer of German Jews in 1942, when
Nazi leaders replaced their
policies. expulsion by a policy of recuperating the Jews in order to
exterminate them.
Our second conclusion, namely that Vichy's anti-Semitic measures were rigorously
applied until the last moment, was validated by
a whole series of scientific works
that were published. since then.
Our third
conclusion concerned public opinion. According to the prefects' reports, the
French public often welcomed Vichy's first measures of discrimination and
exclusion with indifference, sometimes with approval. Those who seek to refute
this point are forced to believe that the prefects and also the eavesdropping
services have falsified their reports to the Minister of the Interior. Then
public opinion experienced a striking turnaround: the French public was
revolted by the mass arrests and family separations that accompanied the deportations
that began in March 1942. From the summer of 1942, rescue actions spread to
France, following a development that we may not have sufficiently emphasized in
our book. At the last moment, to fill this gap, we dedicated Vichy and the Jews
to the "French who, between 1940 and 1944, helped the persecuted Jews in
France."
The fate of Jews
in France under German occupation remains a hot topic to this day. A certain
French TV star wrote last year [2014] that I was the one who taught the French
to hate themselves. Two recent books claim that Vichy tried from the beginning
to save Jews of French nationality. It is easy to show that this effort did not
begin until the summer of 1942, and that it had only a limited scope. A recent
great book on rescuing Jews during the Occupation again asks the question: why
did so many Jews survive in France? According to this book, a surge in sympathy
for jews, which became almost universal in 1942, explains this relatively
positive result. But shouldn't we rather ask the question in the other
direction? Why, given the multiple rescue opportunities in France, did so many
Jews perish there? The subject remains very topical in today's debates.
I am preparing a
new edition of Vichy and the Jews [published in October 2015]. The quantity and quality of scientific work
published over the past three decades makes this task mandatory. Marrus and I
believe that all these new works have not overturned our main conclusions. The
new works rather strengthen them: the lack of resources on the German side
making the help of the French administration indispensable; the major role of
the traditional administration, and not only the General Commissariat for
Jewish Affairs, in the application of discrimination measures against Jews; the
effort to replace German anti-Semitic measures in the occupied zone with French
measures applying to all of France.
Roger
enthusiastically supported the project of a second edition of Vichy and the
Jews. As in the past, messages began to rain in New York, this time taking on
an electronic form. But, alas, he could not see the result. I thank him again
today for his initial inspiration, for his unceasing enthusiasm, for his wise
counsel, and for his friendship.
Robert O. Paxton
The title of the
text is the original one of Robert Paxton's tribute to Errera delivered in
2015.
Notes
1Stanley Hoffmann
(1928-2015). Professor of political science at Harvard University
(Massachusetts), founder of the Center for European Studies at this university,
holder of the Chair of French Civilization from 1980 and that of International
Relations from 1997. Stanley Hoffmann had prefaced La France de Vichy:
1940-1944, by Robert O. Paxton, published by Editions du Seuil in 1973,
translated from the English Vichy France. Old Guard and New Order, 1940-1944,
Alfred A. Knopf, New York, 1972. Anthony
Nicholas Maria Wahl (1928-1996). A specialist in the political history of
contemporary France, he taught at Harvard, Princeton and directed the Institute
of French Studies at New York University from 1978 to 1996. (Editor's note)
2Jean-Claude
Casanova (1934-), associate professor of the faculties of law and economics,
director of studies and research at the National Foundation of Political
Science until 1990. During the period of drafting Vichy and the Jews, he served
as a technical advisor in the cabinet of Joseph Fontanet, Minister of National
Education, from 1972 to 1974, and as an advisor to Raymond Barre, Prime
Minister, from 1976 to 1981. (Editor's note)
Laurent Joly
Très heureux d'annoncer la parution de ce "Tracts"
Gallimard "Zemmour contre l'Histoire" auquel j'ai le plaisir de
contribuer avec une quinzaine de collègues. Pour celles et ceux qui douteraient
que Zemmour manipule l'histoire à des fins politiques, projetant sur le passé
ses obsessions identitaires, prêtant aux acteurs de l'histoire des motivations
qui n'étaient pas les leurs, recyclant des vieux poncifs de l'extrême droite,
de Clovis à Pétain, en passant par la Saint-Barthélemy, la Révolution
française, la conquête de l'Algérie ou l'affaire Dreyfus, ce petit bouquin
apporte des réponses synthétiques, claires et implacables, par les meilleurs
spécialistes.
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