Playbook Paris: Tournicoti, tournicoton — La
Nupes se voit Robin des lois — Séjourné s’impatiente
BY PAULINE
DE SAINT REMY AND JULIETTE DROZ
July 5,
2022 7:13 am
POLITICO
Playbook Paris
Par PAULINE DE
SAINT REMY et JULIETTE DROZ
Bonjour à toutes
et à tous, nous sommes mardi 5 juillet 2022. Certains y verront, peut-être, le
symbole d’une page qui se tourne enfin. Soixante-treize jours après son
élection, deux semaines après le second tour des élections législatives,
Emmanuel Macron recevra demain à l’Elysée les personnes de sa majorité
“engagées durant les campagnes présidentielle et législatives”, pour les
“remercier”. L’invitation, aimablement forwardée à votre infolettre, est partie
hier matin et concerne essentiellement les collaborateurs de la campagne. Mais
quelques politiques devraient aussi être présents. La réception aura lieu le
jour du démarrage officiel d’une autre séquence, pour Elisabeth Borne, qui aura
prononcé sa déclaration de politique générale à l’Assemblée un peu plus tôt.
Inutile de vous écrire que Playbook tendra l’oreille pour savoir ce qu’il s’y
dit…
APRÈS LE
REMANIEMENT
TOURNICOTI. Si
vous étiez en pleine journée bronzette et sieste hier, et que Playbook est le
seul lien qui vous reste avec le monde extérieur, sachez que vous n’avez pas
raté le remaniement du siècle. Dans les mots grinçants d’un poids lourd de la
droite Macron-compatible, contacté hier soir : “C’est pas waouh, ça rend pas
baba…”.
Playbook vous
épargne donc le déroulé de ses 41 membres mais ne saurait que trop vous
recommander, avant de nous attarder sur quelques points saillants, les résumés
et analyses de nos confrères sur le sujet : la liste complète des heureux élus
est par exemple à retrouver sur le site du Monde, tout comme le condensé des
critiques des oppositions. Vous trouverez aussi sur le site de Libé, du Point
ou encore du Figaro de nombreuses analyses sur le “manque d’élargissement” de
la nouvelle équipe gouvernementale, une autre sur sa “parité de façade” — la
majorité des gros ministères étant en effet trustés par des hommes. Cliquez
ici, enfin, si vous voulez en savoir plus sur François Braun, l’urgentiste qui
fait son entrée au ministère de la Santé. Mais revenons sur quelques-uns des
mouvements qui ont le plus retenu notre attention…
Darmanin
conforté. Non seulement Emmanuel Macron n’a pas décidé d’éloigner Gérald
Darmanin de la place Beauvau, comme le souhaitaient secrètement Elisabeth Borne
et certains représentants de l’aile gauche de la Macronie (voir Playbook hier),
mais en plus le ministre de l’Intérieur ressort renforcé de la réorganisation
gouvernementale. Il récupère en effet dans son giron le portefeuille ô combien
sensible de l’outre-mer, piloté par l’ex-préfet Jean-François Carenco, nommé
ministre délégué. Et ce au grand dam de certains élus ultra-marins qui se
désolent que le ministère ne soit plus “de plein exercice”. En visite dans un
commissariat du Val-d’Oise, hier soir, le numéro 3 du gouvernement n’a pas
manqué de remercier les deux têtes de l’exécutif “d’avoir redonné au ministère
de l’Intérieur sa plénitude”.
**Un message de
Google : La nouvelle région France de Google Cloud entend répondre aux
exigences en termes de sécurité, de confidentialité et de souveraineté
numérique des organisations françaises.**
La grande échappée.
Le ministre de l’Intérieur n’est pas le seul à avoir survécu aux plans de la
Première ministre, a appris votre infolettre hier. Celle-ci aurait en effet
espéré déplacer Darmanin aux Armées, un poste occupé depuis mai par son ami
Sébastien Lecornu. On devine qu’aux yeux de Matignon, le poste présentait
surtout l’avantage d’être à la mesure du ministre, tout en l’éloignant quelque
peu de la rue du Faubourg-Saint-Honoré et des préoccupations quotidiennes des
Français.
Sauf que Lecornu,
lui aussi, s’est nettement rapproché du chef de l’Etat depuis plusieurs mois —
d’aucuns s’étonnent d’ailleurs que ni les mauvais résultats du président en
outre-mer ni ceux de la majorité présidentielle dans son département de l’Eure
aux législatives n’aient entamé la relation. Pas de quoi impressionner Borne, a
priori : “Elle a suggéré qu’on le renvoie dans l’Eure…”, s’étranglait hier un
parlementaire au fait de l’affaire et encore un poil tourneboulé par l’audace
de la cheffe du gouvernement. Commentaire blasé d’un soutien de Lecornu : “Ils
vont devoir commencer à assumer que le barycentre est plus à droite…”
Une autre
surprise est venue de la nomination du président d’Agir, Franck Riester, au
très stratégique ministère des Relations avec le parlement, dit “MRP”. Le maintien
d’Olivier Véran à ce poste faisait débat depuis le soir du second tour.
Bateleur et venu de la gauche, il n’a pas la cote dans les rangs des
Républicains, où on le juge arrogant, en particulier depuis les nombreux débats
autour du COVID. Mais le choix de celui qui était jusqu’à présent en charge du
Commerce extérieur n’avait pas été éventé. Perçu comme “rond et négociateur”,
au sein de l’exécutif, il serait, aux dires de plusieurs conseillers consultés
hier, le personnage tout trouvé pour discuter avec les Républicains, dont il
est issu. “Les mecs de chez LR vont l’accueillir avec des fourches”, nuançait
toutefois hier soir le même expert ès affaires parlementaires cité plus haut.
Son autre
mission, qui est liée : rétablir la connexion avec le Palais du Luxembourg, ce
à quoi il s’est d’ailleurs attelé dès hier, a appris Playbook. Comme l’écrivait
Public Sénat, cette semaine, la Chambre haute pourrait en effet jouer un rôle
crucial dans les mois à venir et en particulier lorsque se tiendront des Commissions
mixtes paritaires (CMP, pour les intimes), où la droite se retrouvera
majoritaire grâce à elle. Or, depuis le départ de Jean Castex de Matignon, les
liens entre l’exécutif et le Sénat sont encore plus ténus qu’auparavant. “Ils n’ont pas les ressources
humaines. Avant, Castex au moins nous invitait à boire un coup, on discutait…”
se désolait hier un sénateur de l’opposition. Le choix de ce ministre de centre
droit, dont les relations avec Edouard Philippe sont notoirement mauvaises,
associé à la nomination d’Olivier Becht, ex-président du groupe Agir, au
Commerce extérieur, fait aussi l’objet d’une autre lecture politique :”Riester
et Becht, c’est l’antidote à Horizons”, nous assurait hier un fin connaisseur
des arcanes de la majorité.
Le retour de Marlène Schiappa. Après cinq années passées au
gouvernement, cette marcheuse de la première heure avait officiellement tourné
la page après n’avoir pas été reconduite, au mois de mai. Elle n’était pas non plus candidate aux
élections législatives. Mais elle fait son grand retour au ministère de
l’Economie sociale et solidaire, cette fois rattaché à Matignon, et non pas à
Bercy. Qu’est-ce qui a poussé
Emmanuel Macron à la rappeler? “On manquait de femmes fortes dans les médias”,
résumait hier une conseillère de l’exécutif, louant le “sens politique” de
Schiappa. La même ajoutait que le chef de l’Etat avait besoin d’avoir autour de
lui des “moines-soldats”.
Abad évincé.
Certains y voient un gage offert à Elisabeth Borne, qui, dès les premières
révélations de Mediapart concernant son ministre des Solidarités, avait laissé
transparaître un certain malaise. La Première ministre n’a d’ailleurs pas perdu
de temps pour se confier sur le sujet à nos consœurs de Elle, hier. L’entretien
sera mis en ligne mercredi soir, et l’on sait seulement qu’elle y évoque le
“devoir d’exemplarité” des ministres. Mais le président se serait aussi laissé
convaincre, indiquait un conseiller de l’exécutif à votre infolettre hier,
estimant notamment qu’Abad, qui avait le plus grand mal à constituer son
cabinet, n’avait pas les moyens de se maintenir : “Il aurait été ministre
depuis deux ans avec un cabinet constitué et qui lui permettait de faire face,
Macron aurait tenu”. Et le même d’ajouter : “Il n’avait ramené personne
de LR avec lui, en plus…”
C’EST
AUJOURD’HUI
QUI M’AIME
ME SUIVE. L’intergroupe de la Nupes se réunit à 9 heures ce matin pour sa
réunion hebdomadaire avec une question entre le café et les croissants : les
quatre familles de gauche vont-elles déposer de concert une motion de censure
contre le gouvernement d’Elisabeth Borne, demain, dans l’hémicycle ? Hier,
alors qu’on apprenait officiellement que la Première ministre n’engagerait pas
la confiance du gouvernement à la suite de son discours de politique générale,
la cheffe de file des députés insoumis s’empressait de tweeter que son groupe
la “ferait venir de force devant le Parlement”, en déposant ladite motion…
quitte à prendre de court certains de ses alliés nupesiens à l’Assemblée.
Réunionite.
Sollicités par nos soins, les écologistes, les socialistes et les communistes
évacuaient poliment hier, renvoyant la décision à leurs réunions de groupe
respectives ce matin. Côté LFI, un stratège ne voyait pas d’autre option que
celle d’un tir de barrage commun demain, contre le gouvernement. Un néo-député
écolo n’en pensait pas moins, mais s’agaçait mezzo vocce d’être mis devant le
fait accompli par LFI. “Maintenant que la motion va être déposée, ça va être
compliqué de se diviser là-dessus…”
Les chiffres ne
mentent pas. La motion de censure, qui ne sera pas suivie par les députés RN,
comme le confirmait hier Sébastien Chenu sur RTL, n’a aucune chance de faire
basculer le gouvernement et d’atteindre les 289 voix escomptées, la Nupes
comptant dans ses rangs 147 parlementaires. “Ça risque d’offrir une victoire
immédiate à Borne qui pourra nous dire, ‘quand vous avez voulu me destituer, il
s’est trouvé une majorité pour ne pas vous suivre'”, prophétisait encore cet
élu écolo. Le même de conclure : “Il faut être dans une opposition très ferme,
sans être dans l’agitation permanente…”
CONTRE-PIED.
Encore hésitants sur la question de la motion de censure insoumise, les députés
de la Nupes n’en sont pas moins tombés d’accord sur un autre texte commun
auquel ils ont mis un point final ce week-end, après deux semaines de
discussions. Ils le présenteront en début d’après-midi à la presse une
proposition de loi “visant à répondre à l’urgence sociale”.. Alors que l’Elysée
et Matignon poursuivent leurs consultations en vue de la présentation du projet
de loi sur le pouvoir d’achat, l’opposition de gauche détaillera sa version
maison des réponses à apporter au porte-monnaie percé des Français.
Robins des lois.
Le texte de loi, que Playbook s’est procuré, est sans surprise largement
inspiré du programme défendu par les candidats de la Nupes dans le cadre des
législatives, lui-même en grande partie calqué sur le projet de Jean-Luc
Mélenchon pour la présidentielle. Tout en haut de la pile des 18 articles
figurent plusieurs de ses propositions phare, comme celle de porter le Smic à
1500 euros nets ou de bloquer les prix des produits de première nécessité par
décret.
La Nupes souhaite
aussi revaloriser la valeur du point d’indice des fonctionnaires de 10% ou
encore créer une tranche gratuite de consommation d’électricité, d’eau et de
gaz pour que “chaque ménage puisse vivre dignement dans son logement”. Entre
autres sources de financement, les alliés de gauche proposent de taper au
portefeuille les sociétés gazières et pétrolières, de transport maritime et les
concessionnaires d’autoroutes en créant “une taxe exceptionnelle de 25% sur les
super-profits”.
Forcer la main.
Autant de propositions qui devraient faire chauffer les oreilles des députés de
la majorité. Si la proposition de loi a peu de chance d’être seulement
débattue, l’idée est bien qu’elle serve de base à des amendements que la Nupes
déposera au projet de loi présenté par le gouvernement. Chez LFI, on ne se fait
guère d’illusions sur l’accueil frisquet qui sera réservé à la plupart de leurs
requêtes. L’idée est plutôt de prendre au mot le gouvernement sur sa volonté de
recherche du compromis. Ainsi une stratège insoumise nous glissait-elle hier
attendre avec gourmandise la réponse de l’exécutif sur deux autres
propositions, plus consensuelles, que la Nupes compte mettre au pot commun : la
revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire au niveau de l’inflation,
“une proposition qu’ils peuvent accepter a minima” estimait-elle hier au
téléphone. Et surtout, la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé,
mesure rejetée par la majorité lors du quinquennat précédent, et sur laquelle
Emmanuel Macron s’était dit prêt à bouger lors de la campagne présidentielle.
PLAYBOOK
EXPRESS
SÉJOURNÉ
S’IMPATIENTE (TOUJOURS). LREM pourrait sortir du cocon le 10 septembre : c’est
en tout cas, comme l’a révélé le Figaro, la date envisagée et évoquée hier en bureau
exécutif pour officialiser la refondation du parti qui devrait être
formellement rebaptisé Renaissance par la même occasion. Si Stéphane Séjourné
lui-même a bien présenté ce calendrier, l’actuel président du groupe Renew au
parlement européen, pressenti pour prendre la tête de ce futur mouvement
ripoliné et en principe plus efficace, aurait vivement aimé que les choses
aillent plus vite et l’a fait savoir, a appris Playbook d’une source au siège.
En effet,
les instances n’ont pas été renouvelées depuis les élections. Surtout, rien n’a
encore été officialisé, alors que le travail de Séjourné sur les statuts de
Renaissance a été rendu public la semaine dernière. Ceux-ci, inspirés de ceux
du PS, confèrent notamment un échelon départemental aux nouvelles instances.
Sauf qu’en amont de la réunion du “burex” hier, l’Elysée a demandé à Stanislas
Guérini, encore délégué général, de temporiser jusqu’à l’automne. Au grand dam
de Séjourné, donc, qui aurait voulu avoir les mains plus libres dès cet été.
“Il est dans un état de nerfs…” nous dit-on au siège.
SAUTERIE.
Outre une réunion du groupe à 17h30, cet après-midi, la présidence du groupe
LREM, qui lui s’appelle déjà Renaissance, convie ce soir à 19 heures ses
membres au Mobilier national pour une réception marquant le lancement de la
mandature. D’après les infos
de Playbook, la Première ministre devrait y passer une tête, à la veille de sa
déclaration de politique générale. Une DPG qu’elle avait déjà commencé à
rédiger la semaine dernière et à laquelle elle devrait encore consacrer
quelques heures de travail, aujourd’hui, avec ses conseillers.
SAUTERIE (BIS).
“Le banc et l’arrière-banc” de la droite et du centre étaient réunis hier au
CESE pour une remise de décoration : le juppéiste Vincent Leroux, actuel directeur
de cabinet du président du CESE, s’est vu remettre les insignes de la légion
d’honneur des mains de son mentor et ancien patron. Un “moment émouvant” selon
une participante et un pince-fesses où étaient présents, notamment : l’ancien
Premier ministre Edouard Philippe, le conseiller élyséen Thierry Solère, le
fraîchement nommé au Numérique, Jean-Noël Barrot, le ministre de l’Agriculture
Marc Fesneau, le sénateur UDI Hervé Marseille, et encore bien d’autres. Juste le bon jour pour débriefer le
remaniement…
LA CELLULE
DIPLO. Notre collègue Clea Caulcutt revient pour nos lecteurs anglophones sur
le docu de Guy Lagache présenté en grande pompe sur France 2 jeudi dernier. Un Président, l’Europe et la guerre, qui
nous plonge de façon tout à fait singulière dans le quotidien de la cellule
diplomatique de l’Elysée, nous montre aussi les errements de la stratégie russe
de Macron.
A la salle.
L’exemple le plus éclatant remonte au 20 février, lorsque l’Elysée pense avoir
convaincu Poutine de participer à un sommet avec Joe Biden à Genève. Mais au
lieu de confirmer le rendez-vous à 100%, Poutine détaille la séance de sport
qui l’attend. Quatre jours plus tard, il lance l’invasion en Ukraine. Le sommet
n’aura jamais lieu. Le docu est à revoir ici, et pour l’article de Clea, c’est
par là.
**Data Act
? Gig work ? Chips Act ? Si
ces projets législatifs vous concernent, n’hésitez pas à demander un accès
gratuit à POLITICO Pro Technology afin de suivre tous les développements
législatifs liés au numérique. Contactez dès maintenant pro@politico.eu
depuis votre adresse mail professionnelle. **

Sem comentários:
Enviar um comentário