Playbook
Paris: Câlinothérapie en Macronie — Pouvoir d’achat au Sénat — BoJo tristesse
BY JULIETTE
DROZ
July 8,
2022 7:00 am
POLITICO
Playbook Paris
Par JULIETTE DROZ
Bonjour à toutes
et à tous, bon réveil, nous sommes vendredi 8 juillet. L’info de la nuit :
l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe, une figure bien connue des
sommets internationaux, a été victime de tirs alors qu’il tenait un discours
dans la ville de Nara. L’état de santé du Premier ministre n’est pas connu
précisément, même si les secours locaux ont initialement déclaré à la
télévision publique nipponne NHK qu’il était en état d’arrêt
cardio-respiratoire. Plus
d’informations sur POLITICO et la NHK.
CÂLINOTHÉRAPIE
EN MACRONIE
GRAND-MESSE.
Hier soir, alors que la nuit tombait sur les jardins de l’Elysée, Emmanuel
Macron se prêtait de bonne grâce au jeu des selfies avec les nouveaux députés
de sa majorité (relative), déambulant entre les petits groupes, “très
décontracté”, s’adonnant à des “salutations amicales” et ayant “un mot pour
chacun”, selon un invité à la garden party élyséenne, où ministres et députés
avaient été conviés par le Château entre chien et loup. Ont ainsi été aperçus
Elisabeth Borne, Eric Dupond-Moretti, Marlène Schiappa, Stanislas Guérini,
Olivier Véran, Jean-Noël Barrot ou encore Yaël Braun-Pivet.
Casse-dédi.
Un casting bien différent de celui de la veille, où Emmanuel Macron recevait
les membres de la campagne, à l’image de Richard Ferrand ou Christophe
Castaner, comme Playbook vous le narrait alors. “J’ai une pensée émue fraternelle pour tous les
camarades qui n’ont pas été réélus et qui nous manquent. C’est le plus dur de
cette période”, s’est ainsi ému le chef de l’Etat, comme nous le pianotait un
participant.
Pince-fesses.
Mais l’heure n’était ni à l’autoflagellation, ni à la thérapie de groupe.
Depuis la terrasse du palais, pendant près d’une demi-heure, le maître de
maison s’est surtout livré à un exercice de team building. Certains, qui ont
boudé les agapes, ont toutefois jugé l’initiative bien trop tardive. Un député
réélu sur le fil s’épanchait hier au combiné sur son “sentiment d’abandon et de
frustration”, fustigeant une “majorité qui n’a de bienveillante que le nom” et
un Macron qui “ne fait pas le job”. Le timing de la soirée n’a pas arrangé les
choses. “Il reçoit les militants le mercredi et les parlementaires le jeudi,
alors qu’il sait qu’en fin de semaine, on a des engagements en circo… Il a
besoin de gens qui vont au feu, mais il nous prend pour de la merde. Il risque
de perdre des députés en chemin”, s’emportait le même, remonté comme un coucou,
au téléphone avec votre infolettre.
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Gros caillou.
Playbook se fait avec plaisir le réceptacle cathartique des frustrations de
chacun. Mais ces critiques ont-elles bourdonné jusqu’aux oreilles du président
? “Nous voilà face à une situation politique très atypique. Il ne faut pas le
voir avec affliction ou découragement”, a-t-il en tout cas lancé au parterre de
députés venus boire ses paroles, selon le participant cité plus haut. A
l’adresse des plus pessimistes, qui s’imaginent en Sisyphe de l’Assemblée, il a
décrit des chantiers “immenses” qui “donnent le vertige”, ponctuant le tout
d’un “mais je sais que vous allez y arriver”.
Génétique. Aux
plus dubitatifs sur la quête du compromis dans une Assemblée qui s’annonce fort
turbulente, Emmanuel Macron a tenu à rappeler “l’ADN” de LREM, fondée avec des
femmes et des hommes de droite et de gauche. “Il vous faudra entendre les
oppositions pour travailler ensemble. L’important, c’est d’être sur un chemin
qui fait sortir des postures vos interlocuteurs et d’être cohérents”, nous
rapportait le même observateur.
Salut les
terriens. Les députés de 2017 étaient-ils “hors sol”, comme l’ont fustigé
certains de leurs opposants ? Ceux de 2022 sont en tout cas priés de s’organiser
pour être suffisamment connectés avec leur circo. “Ce que je vous demande,
c’est d’être en campagne permanente” leur a ainsi intimé le chef de l’Etat.
Enjoignant enfin ses troupes à rester “unies et soudées”, l’hôte de l’Elysée
s’est fendu d’un discret avertissement quant à la discipline de groupe au
moment des votes en hémicycle, “pas un ne doit manquer”, nous textotait notre
participant.
POUVOIR D’ACHAT
BIS REPETITA. Ce
matin, à l’heure de croquer dans le deuxième croissant (9h15, donc), les mordus
des séances en direct sur le site du Sénat ne manqueront pas l’audition de
Bruno Le Maire et Gabriel Attal face à la commission des finances du palais du
Luxembourg. Le ministre de l’Économie et son adjudant aux Comptes publics y
seront notamment entendus sur le projet de loi de finances rectificative
(“PLFR” pour les intimes) pour 2022 et évidemment cuisinés sur le paquet
pouvoir d’achat, dont le Conseil des ministres a finalement accouché hier
après-midi.
Violons
désaccordés. Si les débats s’annoncent moins chahutés qu’à l’Assemblée, les
sénateurs n’en ont pas moins dressé leur ligne rouge concernant le projet de
loi anti-inflation : “ne pas aggraver la situation financière du pays”, selon
Gérard Larcher. “La technique du chèque, c’est fini, on ne peut plus”,
affirmait le président du Sénat à Midi libre mercredi soir. Histoire de
pimenter un peu la mayonnaise, les sénateurs LR semblent avoir quelques
divergences de vues avec leurs homologues Républicains à l’Assemblée.
Ah, si j’avais un
euro cinquante. La proposition du patron des députés LR de plafonner les prix à
la pompe à 1,50 euros le litre a notamment occasionné quelques crises de
bruxisme du côté du Sénat comme l’ont noté nos confrères de Public Sénat et des
Echos. Des différences d’appréciation d’autant plus surprenantes que la droite
a une carte maîtresse dans sa manche, celle d’apporter ou non une majorité à
celle toute relative d’Emmanuel Macron à l’Assemblée.
Victimes
collatérales : les macronistes. “Il n’y a pas de ligne claire. De ce fait, il
nous faudra peut-être aller chercher les députés un par un”, admettait la
rapporteure du texte Charlotte Parmentier-Lecocq dans la Voix du Nord. D’autres
avertissaient hier sur le risque d’ignorer la gauche modérée. “Ce serait un
danger mortel que d’être hémiplégique”, mettait ainsi en garde le président de
la commission des Lois, Sacha Houlié, devant l’Association des journalistes
parlementaires.
Ambiance rentrée.
Hier soir, moins d’une heure après le défilé d’une brochette de cinq
représentants du gouvernement devant les micros à l’issue du Conseil des
ministres (pour égrener leur bataillon de mesures et leur avalanche de
chiffres), Le Maire et Attal se sont déjà chauffé la voix devant la commission
des Finances, cette fois côté Palais Bourbon. Face au nouveau président de
cette prestigieuse commission, l’insoumis Eric Coquerel — qu’on a senti un poil
tâtonnant sur la méthode — les échanges se sont contre toute attente révélés
plutôt policés et ont été levés après deux petites heures de débats. Il faut dire
que certains néo-députés fourbissaient pour la première fois leurs armes devant
leurs collègues, d’où peut-être une légère retenue dans les argumentaires.
Tanguy in
the middle. On retiendra néanmoins la (mini) harangue du président délégué du
groupe RN, le député de la Somme, Jean-Philippe Tanguy. “On ne s’attendait à
pas grand chose… nous sommes quand même déçus” s’est-il échauffé avant
d’ironiser sur les entreprises, à qui Bruno Le Maire demandait plus tôt de
partager “le fardeau de l’inflation”. “Vous me faites penser à Necker qui à l’aube de la révolution demandait au
clergé l’aumône pour sauver l’Etat. Je peux vous dire que ces gens ne vous
donneront rien”, a-t-il lancé au ministre de l’Economie. Plus tôt dans la
matinée, la patronne des députés RN avait toutefois annoncé la couleur sur RTL.
Marine Le Pen souhaite “que ce texte puisse être voté”, même “s’il sera très
certainement imparfait”, a-t-elle encore ajouté.
DONNEZ-MOI LE
POUVOIR D’ACHAT. Hier, pour ceux qui avaient désactivé leurs notifications, le
gouvernement a officiellement présenté son projet de loi pour soutenir les
ménages frappés par l’inflation, plus de deux mois après la date prévue. Un
paquet grassouillet aux 20 milliards d’euros de budget, dont la plupart des
mesures avaient déjà été dévoilées. “Le plus dur, nous y sommes. Le pic
inflationniste, c’est maintenant”, s’est ainsi justifié Bruno Le Maire, à
l’issue du Conseil des ministres. Son homologue au porte-parolat l’a lui, jouée
plus lyrique : “Le quinquennat commence véritablement maintenant”, s’est ainsi
envolé Olivier Véran.
En haut de la
pile des principales mesures figure la prolongation du bouclier sur le prix de
l’électricité et du gaz jusqu’à la fin de 2022. Autre mesure déjà annoncée,
mais dont les détails étaient encore obscurs : la remise de 18 centimes par
litre d’essence sera étendue jusqu’en septembre, puis progressivement réduite
jusqu’en novembre, avant d’être remplacée par une “indemnité carburant” pour
les travailleurs. Le montant de ce nouveau coup de pouce sera calculé en
fonction de la distance domicile-travail et de la composition du foyer. Le
chèque pourra aller de 100 à 300 euros pour ceux qui en feront la demande en
ligne.
Entre autres
réjouissances, le gouvernement souhaite également supprimer la redevance
audiovisuelle, tripler la prime Macron, revaloriser les pensions de retraite et
les minima sociaux ou verser une “aide exceptionnelle” de rentrée, auparavant
baptisée “chèque alimentaire”. Vous retrouverez ici un récap concocté par nos
confrères du Figaro ou encore là, passé à la moulinette par le Monde.
Hiver moscovite.
Dans le texte, on retrouve aussi des mesures pour que la France soit préparée
s’il prenait à Moscou l’envie de fermer le robinet du gaz l’hiver prochain. En
cas de pénurie, la ministre de l’Énergie aura notamment le pouvoir d’ordonner
la suspension de la production d’électricité utilisant du gaz et même de
“réquisitionner” les centrales à gaz. Le texte exempte de plusieurs obligations
administratives et environnementales le projet de construction d’un nouveau
terminal flottant d’importation de gaz liquide (GNL) qui sera réalisé par Total
au Havre. Une décision qui a déjà soulevé des critiques de certaines ONG.
Gageons que le nouveau ministre de la Transition écologique ne manquera pas
d’être interpellé aujourd’hui sur le sujet. Christophe Béchu sera en effet sur zone à la
mi-journée pour y parler investissement et modernisation du port.
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EXPRESS
BATAILLE DE
CHAMBRES. Il y a eu comme un sentiment d’incrédulité hier au Sénat, lorsqu’on a
vu Éric Coquerel annoncer, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau à
l’Assemblée, qu’il lancerait très prochainement une mission d’information sur
les cabinets de conseil. Pile au moment où le Sénat présente une proposition de
loi transpartisane sur le même sujet donc, après une commission d’enquête qui a
saisi des milliers de documents, mené un bataillon d’auditions durant 6 mois et
causé l’un des hashtags les plus utilisés de la campagne présidentielle, le
bien nommé #McKinseyGate.
Au voleur !
Assassi ! Les réactions des représentants de la chambre haute ont fusé en
réponse au tweet de Coquerel. Eliane Assassi, rapporteure PCF de la commission
d’enquête sénatoriale, a rappelé ses travaux et ironisé sur l’alliance supposée
entre communistes et insoumis d’un “C’est beau le rassemblement !”. Avec le
soutien d’un gif de Grosminet (oui, vous avez bien lu), la sénatrice centriste
Nathalie Goulet a également souligné l’ironie de la situation en suggérant un
passage au 15 rue de Vaugirard.
RDV avec
Guerini. C’est aussi hier que Stanislas Guerini a annoncé à Public Sénat qu’il
reprendrait des propositions des sénateurs avant de remettre en jeu le
mégacontrat qui avait permis à McKinsey, CapGemini (et bien d’autres) de
travailler pour les ministères (hors Défense et Armées). Il n’est en revanche pas (encore) prévu qu’il
rencontre Éric Coquerel.
BoJo tristesse.
Pendant que votre infolettre s’efforçait de vous expliquer hier la panade dans
laquelle était Boris Johnson, le Premier ministre britannique était en train de
rédiger son discours de démission. Les affaires d’agression sexuelles touchant
un responsable conservateur furent la goutte d’eau qui a eu raison de celui qui
avait résisté à l’ouragan du Partygate et aux échecs électoraux de son parti.
Mais la controverse n’est pas finie : le futur ex-PM souhaite rester en place
juste qu’à l’automne, le tant qu’un nouveau successeur soit désigné par le
parti. Une décision loin de faire l’unanimité au sein des rangs conservateurs,
qui se verraient bien mettre le Boris show derrière eux. Pour connaître les
détails, nous ne saurions que vous recommander la lecture, dès 8 heures, du
Playbook de Londres.
Succession. Nos
journalistes londoniens se sont retroussé les manches pour vous donner un
aperçu des étapes à venir suite à la démission de BoJo. Pour les débutants : ce guide pour
suivre la crise de leadership des Tories comme un pro. Pour les amateurs du
grand bassin, les profils à suivre qui pourraient remplacer Boris et une
analyse de la stratégie à venir du Parti conservateur pour renouveler leur
image et changer de tête d’affiche. Le tout in English, of course.

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