Playbook Paris: C’est (presque) la rentrée —
Verts consignés — Dark embrouille
BY PAULINE
DE SAINT REMY
AUGUST 22,
2022 7:00 AM
POLITICO
Playbook Paris
Par PAULINE DE
SAINT REMY
Bonjour à toutes
et à tous, bon réveil, nous sommes lundi 22 août 2022. Playbook est ravi de
retrouver le confort douillet de vos boîtes mail, niché entre les réponses
automatiques des aoûtiens tardifs et les pubs de rentrée des sites de
e-commerce. Si vous nous lisez d’un œil distrait dans un transat, pas de
panique : ce n’est pas encore tout à fait la rentrée. Rien ne figure
officiellement à l’agenda d’Emmanuel Macron avant le conseil des ministres de
reprise, prévu mercredi. Pas plus qu’à celui de la Première ministre,
d’ailleurs. Hier soir, l’Elysée ne savait même pas dire quand le président de
la République devait regagner Paris précisément.
N’empêche, votre
infolettre n’est pas la seule à avoir remisé ses claquettes et ses mots croisés
force 2/3 au placard : les réunions “en présentiel” doivent reprendre dès
aujourd’hui au Palais pour les collaborateurs du chef de l’Etat. La presse,
elle aussi, est sur le qui-vive, comme en témoignent les papiers qui
fleurissent depuis hier sur les “dossiers chauds” qui attendent l’exécutif en
cette rentrée. Des articles qui, soit dit en passant, suscitent quelques
grincements agacés côté gouvernement. Un conseiller joint par votre serviteure,
hier, nous accueillait avec ce cri du cœur : “Alors, vous dites quoi, vous ?
Vous êtes sur ‘une rentrée mouvementée’ ? ‘Une ‘rentrée à haut risque’ ? C’est
ça ?” Playbook préfère appeler la période qui se profile une rentrée “chauds
les marrons chauds”.
Du lourd au
programme. De fait, le gouvernement va avoir à ferrailler dans les semaines qui
viennent, entre la présentation prévue début septembre de la loi d’orientation
et de programmation du ministère de l’Intérieur, dite LOPMI, qui porte sur les
effectifs et moyens des forces de l’ordre, le projet de loi sur la Transition
énergétique et, bien sûr, l’examen du budget au mois d’octobre. A quoi il faut
ajouter la présentation par Eric Dupond-Moretti des mesures découlant des états
généraux de la Justice, les négociations sur la réforme des retraites ou encore
le projet de loi sur l’assurance chômage, tout aussi touchy et attendu à
l’automne. Sans oublier celui sur l’immigration, promis pour la même période,
Gérald Darmanin ayant été prié fin juillet de revoir sa copie en collaboration
avec d’autres ministères pour l’élargir notamment à la question de
l’immigration économique.
Team building. Le
séminaire gouvernemental de rentrée, dans dix jours, est censé permettre d’y
voir plus clair dans le calendrier des réformes. Mais après un été marqué par
les ravages du dérèglement climatique, il sera surtout placé sous le signe de
l’écologie, “à la demande du président”, souligne l’Elysée. Car l’exécutif a
bien l’intention d’essayer de tenir l’omelette par tous les bouts, de la lutte
contre les méfaits de l’inflation à celle pour la planète : “Chaque réforme,
chaque avancée pour notre pays, doit intégrer l’enjeu écologique” assure déjà
le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, dans Le Parisien ce matin. En
oubliant un peu vite que le projet de loi Pouvoir d’achat adopté en juillet
prévoit, entre autres, la possibilité de rouvrir la centrale à charbon de
Saint-Avold. Et puisqu’on parle d’écologie…
L’ÉTÉ AUX VERTS
VERTS CONSIGNÉS.
Les écologistes ont donné dès hier le coup d’envoi des débats qui devraient
animer leur raout grenoblois qui démarre véritablement jeudi. Marine Tondelier,
bien connue des militants pour avoir justement organisé l’université de rentrée
écolo depuis plusieurs années, a ainsi posé “le premier acte de sa candidature”
à la tête du parti, hier, dans les mots d’un de ses soutiens. En l’occurrence, l’élue
d’Hénin-Beaumont a publié une tribune dans le Journal du dimanche appelant à la
“refondation” d’EELV. Signé
par quelque 600 personnes au moment de sa parution, le texte avait recueilli
aux alentours de 1000 paraphes hier soir, dixit ses promoteurs (vous pouvez
faire le compte par ici).
Rappel du
contexte : élu député au mois de juin, Julien Bayou, l’actuel secrétaire
national d’EELV, doit renoncer à ses fonctions à la direction du parti,
conformément à ses statuts. Un congrès doit avoir lieu au mois de décembre pour
désigner son successeur. L’ex-finaliste de la primaire, Sandrine Rousseau, élue
députée elle aussi, envisage aussi de soutenir une motion rivale. Elle sera
probablement portée par l’une de ses toutes proches, la conseillère municipale
lilloise Mélissa Camara, qui a de son côté apposé sa signature au bas d’une
tribune parue vendredi dans les colonnes du Monde. Ce texte-là sonne aussi comme un prélude à une
motion pour le congrès. Il y est en effet question de faire d’EELV “le grand
parti de la décroissance populaire”. Cette semaine, en pleines journées d’été
écolo, Rousseau doit en outre publier Par-delà l’Androcène (Seuil). Il s’agit d’un “manifeste écologique et
politique” pour “révéler les relations entre extractivisme, colonialisme,
capitalisme et patriarcat”, selon ses mots.
Parmi les
signataires de la tribune de Tondelier, on retrouve sans surprise plusieurs
anciens représentants de la motion “Grandir ensemble”, qui a porté Bayou à la
tête du parti, en 2019. C’est-à-dire l’eurodéputé David Cormand, la secrétaire
nationale adjointe Léa Balage El Mariky et le membre du bureau exécutif
François Thiollet. Début août, déjà, les mêmes avaient proposé l’organisation
d’un référendum militant dans le but de “refonder” les statuts.
Officiellement,
l’actuel patron d’EELV ne se prononce pas à ce stade, étant “garant de l’unité
du parti”, nous rappelait hier un soutien de Tondelier. Hors micro, on admet
toutefois qu’il ne voit pas l’initiative d’un mauvais œil. S’il tient à éviter
de “rentrer trop tôt dans la bataille du congrès” et compte bien dresser son
propre bilan dans un premier temps, il est même “possible” que Bayou se
prononce en temps voulu, s’est laissé dire Playbook. De quoi faire persifler un
écolo pas fana de la bande à Bayou : “Marine, c’est la régente choisie par
Cormand and co pour cornériser Sandrine, parce qu’ils ne veulent pas qu’elle
redevienne fréquentable. Mais Sandrine n’est pas le chiffon rouge que Valeurs
actuelles et les autres se plaisent à agiter, ce n’est pas du tout une
castratrice dingo wokiste…”.
Les codes
Rousseau. Si les signataires de la tribune du JDD se gardent bien de critiquer
Rousseau sur le fond — tout juste expliquait-on hier à votre infolettre que
“l’écoféminisme ne peut pas être le sujet principal” — certains admettent en
off quelques difficultés à supporter sa méthode. Les militants eux-mêmes
seraient, selon l’un des principaux soutiens de Tondelier, “dubitatifs sur les
pratiques individualistes” de l’ex-candidate à la primaire, jugée “très tournée
sur elle” et “pas toujours bienveillante par rapport au collectif”. “Un tweet
approximatif et c’est des heures et des heures de tractage sur le terrain pour
expliquer”, justifiait le même, au téléphone, hier, “même en étant d’accord
avec ses idées”.
Dernier exemple
en date du manque de solidarité supposé de Rousseau : son tweet balayant d’un
revers de la main l’idée de Julien Bayou d’interdire les jets privés, qu’elle
ne trouve manifestement pas assez radicale. Le secrétaire national compte
pourtant en faire une proposition de loi…
Parenthèse
poloche : le soutien pour le moins inattendu de Yannick Jadot à la tribune de
Tondelier serait, selon un expert ès congrès écologistes, un “message
subliminal” envoyé par l’ancien candidat à la présidentielle à ceux de ses
soutiens qui envisageraient de soutenir Rousseau… Nul ne s’attend en revanche à
ce que l’eurodéputé, qui s’est tenu à l’écart des congrès ces dernières années,
aille jusqu’à soutenir la motion par la suite.
Ratisser large.
Il faut dire que le texte du JDD n’expose rien de révolutionnaire. L’objectif
affiché est d’ailleurs assumé : “être la ligne qui fédère”, nous confiait hier
un soutien de Tondelier. Ou encore : “essayer de faire du congrès un moment
utile” pour “faire un mouvement à la hauteur des enjeux actuels”. Les principaux
signataires, qui présenteront cette semaine le résultat de leur travail de fond
sur différentes thématiques, plaident pour un parti “plus ouvert” aux apports
extérieurs, mais veulent surtout réformer son fonctionnement, car il y a, dans
les mots de l’un d’entre eux, un “revers de la médaille à l’hyperdémocratie”.
Entre autres “effets pervers” : le fait que l’intégralité des décisions sont
prises à la proportionnelle des scores des motions au congrès créerait une
“prime à la différenciation”. En clair : pour exister, il faut présenter une
motion, ce qui est “un frein à la construction d’une culture commune ou
solidaire”.
Une promesse vue
et revue selon le même détracteur cité plus haut, selon qui “refondation” est
le mot magique dégainé à chaque congrès écolo. “Quand on demande ‘Est-ce que vous voulez plus
d’arc-en-ciels, plus de licornes, plus de paillettes ?’ Forcément, ça marche…”
Le même déplore que les “questions existentielles” qui se posent au parti pour
les élections municipales de 2026 et présidentielle de 2027 ne soient en
revanche pas traitées : “La vraie question c’est est-ce qu’on crée un pôle
écologiste, puisqu’il n’a pas fonctionné, ou est-ce qu’on veut une alliance de
la gauche ? Et comment on structure une alliance de la gauche qui ne soit pas
inféodée à Mélenchon ?”
Nota bene.
Le principe d’une liste écolo indépendante pour les élections européennes en
2024, défendue hier par Jadot dans le JDD, est en revanche soutenu par une
large majorité. A la fois à
cause des divergences profondes avec LFI sur la question européenne, ce que
l’accord entre les deux partis mentionnait, et à cause de la nature du scrutin
— la proportionnelle intégrale — qui leur est favorable.
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BONUS ESTIVAL
DARK EMBROUILLE.
Depuis un an, vous avez vraisemblablement vu passer des pubs pour les services
de livraison à domicile comme Gorillas, Flink ou encore Getir, qui vous
promettent votre paquet de M&M’s livré en 10 minutes comme par magie. Mais
de magie, il n’y a point. Ces services sont en fait alimentés par des entrepôts
en plein centre-ville, aussi appelés dark stores, qui pullulent dans les grandes
villes de France. Ces
boutiques fantômes sont au cœur d’un affrontement politique comme seul le mois
d’août nous en réserve.
Il faut
dire que les dark stores n’ont pas la cote auprès des municipalités : tout
comme les dark kitchens, ces cuisines destinées à la livraison, ils sont
accusés de nuire au commerce de proximité — sans parler de la gêne occasionnée
pour les riverains. Mais en plus, leur installation est bien souvent illégale.
Autant dire que la révélation la semaine dernière par le premier adjoint à la
mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, d’un projet d’arrêté gouvernemental visant
à les encadrer juridiquement, a eu l’effet d’une petite bombe. Ainsi les
mairies de Paris, Marseille Strasbourg et Lille, se sont insurgées dans un
courrier adressé à Elisabeth Borne. Même le député Renaissance, Sylvain
Maillard, élu à Paris, s’est offusqué.
Grégoire
contre Grégoire. Concrètement, le projet d’arrêté prévoit de considérer ces
magasins dans les plans locaux d’urbanisme comme commerce s’ils intègrent un
point d’accueil pour la clientèle, sinon comme un entrepôt. La décision
reviendrait donc aux élus locaux d’autoriser ou non les dark stores dans leurs
communes. Mais pour Emmanuel
Grégoire, cet arrêté viserait surtout à légaliser de fait ces entreprises en centre-ville.
De quoi chauffer les oreilles d’Olivia Grégoire qui a dénoncé “des insinuations
totalement déplacées et douteuses” venant de son homonyme parisien.
Légaliser pour
mieux interdire. Sur le fond, l’exécutif dément vouloir prendre fait et cause
pour les dark stores. “Pour l’interdire, il est indispensable de le nommer et
de le qualifier. C’est l’unique objet de cet arrêté”, indique un conseiller
gouvernemental dans les colonnes de La Voix du Nord, laissant entendre qu’il ne
serait pas dans l’intérêt de ces entrepôts d’ouvrir un point d’accueil pour le
public. D’après
L’Express, un deuxième round de discussions devrait prochainement s’engager
avec les élus locaux.
L’exécutif
contre-attaque. Côté gouvernement, on reproche surtout à la mairie de Paris de
vouloir “politiser [le sujet] au milieu de l’été”, comme l’a expliqué un
conseiller de la ministre chargée des PME à notre collègue Peter O’Brien. La
majorité accuse notamment la mairie de Paris d’avoir boudé des réunions de
concertation sur le sujet, ce dont Emmanuel Grégoire s’est défendu.

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