Politique
«Islamo-gauchisme» à l’université : la ministre
Frédérique Vidal regrette... la «polémique», pas ses propos
Sous le feu des critiques après avoir demandé une enquête
sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, la ministre de l’Enseignement
supérieur Frédérique Vidal affirme ce lundi sur RTL « regretter » la polémique
autour de cette enquête et donner priorité à « la question des étudiants ».
La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal
tente de faire oublier la polémique autour de "l'islamo-gauchisme" à
l'université.
Par Le Parisien
avec AFP
Le 22 février
2021 à 10h07
Frédérique Vidal
tente une nouvelle fois d’éteindre le feu des critiques sous lequel elle se
trouve. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche réaffirme «
regretter », ce lundi sur RTL, que sa demande d’une enquête sur «
l’islamo-gauchisme » à université se soit transformée en « polémique ». Sa
priorité « est la question des étudiants », assure-t-elle, après avoir demandé
au CNRS une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à université.
Samedi, plus de
600 universitaires (enseignants, chercheurs…) ont réclamé sa démission dans une
tribune publiée dans les colonnes du journal « Le Monde ». Après une semaine
mouvementée, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a affiché dimanche
sa volonté de clore la polémique.
De son côté,
Frédérique Vidal réaffirme vouloir « un état des lieux sur ce sujet. « Il n’y a
pas lieu d’en faire une polémique », estime-t-elle au micro de la matinale de
RTL. « Je suis universitaire, je défendrai toujours la liberté de la recherche
[…] et en ce moment toujours les étudiants car ce sont eux qui subissent le
plus cette crise », assure-t-elle.
Pour elle, cette
enquête n’a rien d’inouï et des enquêtes sont réclamées au nombre de « dizaines
par an ». « Je demande […] un état des lieux de la recherche sur ces
différentes radicalités dans les universités », réaffirme la ministre, qui
déplore une « polémique pour 12 secondes sur 22 minutes d’interview dans
lesquelles (elle) parle pendant plus de 10 minutes des étudiants et 10 minutes
de la recherche ».
1 200 étudiants
ont bénéficié du « chèque psy »
Semblant pressée
de balayer cette polémique, la ministre insiste : « aujourd’hui, ce qui me
préoccupe, c’est la question des étudiants […]. Comment on fait pour que les
étudiants puissent sortir de cette crise en n’étant pas désespérés ».
Le « chèque psy »
promis aux jeunes par le gouvernement a concerné la première semaine de février
1 200 étudiants, puis 2 000 étudiants par semaine, a-t-elle indiqué. Ces jeunes
sont « pris en charge » dans un parcours de soins par des psychologues de
ville.
Par ailleurs,
plus de 75 % des universités ont pour le moment modifié leurs emplois du temps
pour permettre aux étudiants de revenir en cours en présentiel une journée par
semaine. Quelque 90 % des étudiants sont concernés par ces nouveaux emplois du
temps. Parmi eux, 60 % reviennent, 40 % préfèrent rester en présentiel,
a dit la ministre.
Politique
«Islamo-gauchisme»
à la fac : l’exécutif soutient Vidal tout en calmant le jeu
Une semaine
après avoir dénoncé «l’islamo-gauchisme» qui selon elle gangrenait les
universités, la ministre de l’Enseignement supérieur a été soutenue par
plusieurs ministres ce dimanche.
Par Le Parisien
avec AFP
Le 21 février
2021 à 09h55, modifié le 21 février 2021 à 17h29
Elle se dit au
cœur d’un « procès d’intention » mais semble déterminée à vouloir «
déconstruire l’idée qu’il y aurait une pensée unique sur certains sujets et […]
protéger le pluralisme des idées à l’université ». Une semaine après avoir créé
la polémique en dénonçant « l’islamo-gauchisme » qui, selon elle, « gangrène la
société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable », la ministre
de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, s’explique. Elle était restée en
retrait depuis ses propos sur le plateau de CNews.
Dans une
interview accordée au Journal du Dimanche, elle dit souhaiter « qu’on relève le
débat ». Une réponse aux vives réactions dans le monde académique, au point que
600 universitaires (enseignants, chercheurs…) ont réclamé samedi sa démission,
dans une tribune publiée par le journal Le Monde, en lui reprochant de « faire
planer la menace d’une répression intellectuelle ».
« Nous avons
besoin d’un état des lieux sur ce qui se fait en recherche en France sur ces
sujets », a indiqué Frédérique Vidal, assurant vouloir une enquête « au sens
sociologique du terme ». Une étude à laquelle le CNRS avait accepté, mardi, de
participer tout en « regrettant cependant une polémique emblématique d’une
instrumentalisation de la science et un slogan politique [qui] ne correspondait
à aucune réalité scientifique ». Et la ministre de répondre au JDD : « Je veux
une approche rationnelle et scientifique du sujet. Il faut quantifier les
choses, sortir du ressenti et du présupposé », avance-t-elle.
« Pas le sujet
prioritaire »
Quoi qu’il en
soit, sur les réseaux sociaux comme dans les sphères politiques, les réactions
vont dans le même sens. « Je n’ai pas bien compris l’utilité de faire cette
sortie. Elle est très critiquée ces temps-ci. Elle ferait mieux de s’occuper
des difficultés des facs avec le Covid », suggère un député. L’eurodéputé EELV
Yannick Jadot a même demandé sa démission. « Elle doit partir. La ministre qui
porte la disqualification de la recherche et de l’enseignement supérieur dans
notre pays ne peut rester en poste », a-t-il estimé sur France 3 ce dimanche.
La ministre a par
ailleurs été recadrée par le chef de l’Etat, via le porte-parole du
gouvernement Gabriel Attal : « La priorité pour le gouvernement, c’est
évidemment la situation des étudiants dans la crise sanitaire, c’est évidemment
la possibilité d’apporter un soutien financier aux étudiants en difficulté,
c’est évidemment de permettre aux étudiants qui le souhaitent de pouvoir
revenir progressivement en présentiel à l’université », a-t-il rappelé. Invité
du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro ce dimanche, Gabriel Attal a souhaité que «
l’on puisse passer à autre chose ».
Soutien de
Blanquer et Darmanin
Dans son
entretien dominical au JDD, la ministre de l’Enseignement supérieur fait, à
demi-mot, son mea culpa en justifiant sa pensée. « Je suis universitaire. J’ai
toujours défendu la liberté académique et les chercheurs, assure-t-elle. Si les
universitaires qui ne me connaissent pas ont pu se sentir froissés, ce n’était
pas mon intention. Chacun doit pouvoir s’exprimer, c’est aussi dans le
désaccord qu’on avance. » Elle a reconnu que « ce sujet suscite beaucoup de
réactions, mais ce n’est pas notre priorité aujourd’hui […] La priorité, c’est la situation des
étudiants et la pandémie ».
Face aux
appels à sa démission, elle a reçu, ce samedi, le soutien du ministre de l’Education
nationale, Jean-Michel Blanquer. Selon lui, l’« islamo-gauchisme » est un «
fait social indubitable » qu’il faut « regarder en face », a-t-il assuré sur
BFMTV. Gérald Darmanin lui a aussi apporté son soutien, la jugeant très
courageuse, tout en précisant que « ceux qui font jonction » entre les «
gauchistes » et les « islamistes » étaient « minoritaires ».
La ministre a
aussi pu trouver du soutien du côté… de la droite. Le vice-président délégué
des Républicains Guillaume Peltier a dénoncé, sur France Inter/franceinfo/Le
Monde ce dimanche, une « collusion entre une partie de la gauche et l’islamisme
». « Nous devons cesser d’être dans le déni », a quant à lui assuré le
président LR du Sénat Gérard Larcher.

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