Playbook Paris: Dur, dur d’être un ministre —
L’influent M. Darmanin — Embarrassant ambassadeur
BY ELISA
BERTHOLOMEY
APRIL 25,
2023 7:00 AM CET
POLITICO
Playbook Paris
Par ELISA
BERTHOLOMEY
Bonjour à toutes
et tous, très bon réveil, nous sommes mardi 25 avril 2023. Après la visite
d’une entreprise dans le Bas-Rhin pour parler travail, et celle d’un collège
dans l’Hérault pour discuter éducation, Emmanuel Macron saisit à nouveau son
bâton de pèlerin.
Ces gens-là ne font pas de manières. Il sera aujourd’hui à Vendôme, dans le
Loir-et-Cher, pour une journée consacrée à la santé. Au programme officiel —
que l’Elysée n’a que sommairement dévoilé hier après-midi, manière d’éviter que
le déplacement ne passe à la casserole : une visite de la maison de santé de la
ville et des échanges avec les soignants sur l’accès aux soins ou
l’attractivité de la profession. Une casserolade d’échauffement s’est déjà
tenue à Vendôme hier soir.
Ça déraille pour
Ndiaye. Les récentes sorties présidentielles ont été mouvementées. Celles des
ministres également. Attendu à Lyon hier, le ministre de l’Éducation nationale
Pap Ndiaye a été contraint de changer de programme face à un comité d’accueil
en forme de batterie de cuisine. A Paris au retour, en sortant du train,
rebelote : il est resté bloqué dans le TGV.
Abdul-Malak
mal-acclamée. Dans la soirée toujours, la ministre de la Culture a été prise à
partie par des intermittents du spectacle lors de la 34e cérémonie des
Molières. Si ce type de chahut est presque habituel dans ce genre de festivité,
il a fait sortir de ses gonds Rima Abdul-Malak qui, une fois n’est pas coutume,
a pris le micro pour répondre aux critiques.
Dur, dur d’être
un ministre. A Poitiers, François Braun a été copieusement hué. Charlotte
Caubel, était attendue à Saint-Maurice dans le Val-de-Marne par des
manifestants, dont Mathilde Panot — et ce bien que, fine mouche, la secrétaire
d’État à l’Enfance n’ait pourtant pas mis ce déplacement à son agenda. Elle a
préféré le décaler à un autre jour.
L’INFLUENT M.
DARMANIN
IL EST PARTOUT.
Hier sur France 2, la semaine dernière sur France Info, LCI, dans la Voix du
Nord ou le Figaro… Quand il n’annonce pas la fin du retrait de points pour les
petits excès de vitesse, il dévoile des mesures pour lutter contre l’homophobie
ou il écrit aux forces de l’ordre pour leur rappeler d’arborer leur matricule
d’identification. C’est
bien simple, depuis quelques semaines, Gérald Darmanin est partout et sur tous
les dossiers. Au point de
devenir une pièce maîtresse du dispositif macroniste.
Omniprésent chez
le président. Pendant la séquence retraites, le ministre de l’Intérieur a été
de toutes les réunions stratégiques, lorsqu’il a fallu déclencher le 49.3 ou en
gérer les conséquences. “Il a repris du poids auprès du président”, constatait l’un
de ses visiteurs du soir à qui Playbook a passé un petit coup de téléphone
hier. Selon le même, bien qu’Emmanuel Macron se “méfie” de Darmanin, le
ministre serait l’un des atouts d’un chef de l’Etat cherchant à “optimiser les
cartes qu’il a dans la main”.
Un bon
bulletin. Aux dires de plusieurs élus ou conseillers joints par votre
infolettre hier, le président apprécierait son franc-parler, son sens politique
ou son côté bosseur. “Il a une vraie ligne sociale et populaire, pas lue dans
les sondages, mais vécue sur le terrain”, nous confirmait un stratège
macroniste via Telegram. “Ses analyses sont souvent pleines de bon sens”,
appuyait, en écho, le sénateur François Patriat, pour qui Darmanin est “malin”
et “présente bien les choses”.
En haut de
l’affiche. Signe de l’influence croissante du ministre : le projet de loi
immigration, qu’il défend depuis plusieurs mois, est revenu sur le dessus de la
pile des dossiers prioritaires. “Je veux une loi efficace et juste, en un seul
texte”, a affirmé Emmanuel Macron dans son entretien avec les lecteurs du
Parisien hier. Victoire pour Darmanin : la semaine dernière, il réclamait
encore sur LCI son souhait d’avoir un “projet de loi fort (…), le texte que
j’ai proposé”, et non pas plusieurs propositions de loi.
Un jour
c’est oui, un jour c’est non. Quitte à pousser son avantage, le patron de la
place Beauvau ne serait pas contre faire adopter cette loi via le 49.3, “à
condition qu’on le dise avant”, insistait l’un de ses proches ce lundi. Et ce,
malgré “l’objectif”, annoncé par la Première ministre le 26 mars dernier de ne
plus utiliser de 49.3 “en dehors des textes financiers”. Voilà un discours de Gérald Darmanin à rebours de
ce que Darmanin Gérald défendait il y a quelques semaines. Le 16 mars dernier,
souvenez-vous, il était de ceux qui plaidaient pour un vote sur la réforme des
retraites.
Les détracteurs
de Darmanin ne se privent d’ailleurs pas de signaler cette contradiction. Un
conseiller ministériel nous listait ainsi ses limites hier soir : “Il est parti
très à droite sur les questions de maintien de l’ordre et d’immigration,
délaissant la partie plus sociale de son identité politique”. Plus cruel, un
autre soulignait que si le ministre occupe aujourd’hui une telle place, c’est
parce qu’il bénéficierait de la faiblesse de ses collègues de gouvernement. “Il
paraît meilleur que ce qu’il est vraiment”, cinglait-il.
EN CHAMBRES
LR TEMPORISE. La
droite sénatoriale hésite encore à apporter son soutien officiel à la création
d’une commission d’enquête parlementaire sur le fonds Marianne lancé en avril
2021 par Marlène Schiappa, a appris mon collègue Antoine Comte. “Ce sont les
vacances parlementaires, nos sénateurs ne sont pas à Paris, donc rien ne peut
être acté à ce stade”, justifiait auprès de Playbook l’entourage du président
du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, actuellement en déplacement en
Arménie.
C’est une
question de tempo. Le groupe PS du Sénat a pris de vitesse la majorité de la
Chambre haute en proposant par la voix de Claude Raynal, hier, de transformer
la commission des Finances, dont il est le président, en commission d’enquête. Le socialiste veut en savoir plus
sur l’utilisation de certaines subventions accordées par ledit fonds. Mais pour concrétiser ce projet, il lui
faut le soutien de la majorité sénatoriale.
Larcher en
embuscade. La droite du Sénat qui ne souhaite visiblement pas se faire imposer
son calendrier parlementaire par la gauche, compte donc entretenir le suspense
au moins jusqu’à la reprise parlementaire, le 2 mai. “Il n’y a pas de soutien
affiché, mais ça ne veut pas dire que ça n’arrivera pas”, a glissé l’entourage
de Bruno Retailleau à Antoine, en nous faisant savoir que le président du
groupe LR conversera bientôt sur le sujet avec le président du Sénat, Gérard
Larcher.
LA GUERRE DES EX.
La question de la souffrance animale a donné lieu à une passe d’armes en ligne
(un tweet-clash comme on disait au début des années 2010) entre deux ex-députés
de la majorité présidentielle. L’ancien député de la Creuse, Jean-Baptiste
Moreau, s’est agacé que la Cour des comptes européenne propose d’intégrer le
coût de la souffrance animale dans le prix de la viande. Ce qui lui a valu
d’être qualifié de “lobbyiste de la viande” par son ancien collègue Loïc
Dombreval, ex-député des Alpes-Maritimes.
Paf. “Je serais
toi en matière de lobbyiste, je me ferais très très discret. Moi au moins c’est
su et déclaré…”, a rétorqué le premier, qui a laissé son exploitation pour
devenir lobbyiste, notamment au service du cabinet RPP France. Il reproche
aussi à Dombreval une activité “franchement pas en faveur des éleveurs”.
Re-paf. “Je n’ai
jamais touché le moindre centime d’euro pour défendre un intérêt lors de mon
activité de député et même après”, lui a répondu l’autre, nommé en décembre
dernier, par décret, inspecteur général du développement durable. Un changement
de carrière qui lui a valu un second tacle de Moreau : “J’ai trouvé un job
moi-même sans avoir besoin que mes “amis” me refilent un poste dans
l’administration, moi”. Et toc. Pour prendre des nouvelles d’autres anciens
députés, vous pouvez filer sur l’article de mes collègues de Paris influence,
en accès libre et en français.
PLAYBOOK EXPRESS
LE DILEMME DE
BRUNO. Un dossier chaud va bientôt atterrir sur le bureau de Bruno Le Maire, et
pourrait ajouter un nouveau chapitre dans la saga des tensions entre Paris et
Washington. Le potentiel rachat par un groupe américain du fabricant de valves
Segault, fournisseur de Naval Group et de l’industrie nucléaire, donne au
gouvernement l’occasion de rouler les biceps devant les Etats-Unis en bloquant
l’opération.
Tensions
transatlantiques. Bercy va en effet examiner le deal. Pour mémoire, les deux
pays doivent déjà gérer une longue liste de brouilles, comme les accusations de
protectionnisme dirigées contre les aides américaines du Inflation Reduction
Act ou la différence de vues sur l’approche à adopter avec la Chine. Bercy va soumettre le dossier à la
procédure de contrôle des investissements et est à la recherche d’un repreneur
français pour que le robinetier échappe à son acheteur américain, Flowserve.
Arnaud Montebourg, associé pour l’occasion au milliardaire Pierre-Edouard
Stérin, s’est même porté candidat pour racheter ce sous-traitant de l’industrie
nucléaire — une offre qui enthousiasme peu Le Maire. Tous les détails sont à
lire dans cet article de mon collègue Giorgio Leali par ici (en anglais).
DIPLO FOCUS
EMBARRASSANT
AMBASSADEUR. L’ambassade de Chine en France a publié hier un communiqué
désavouant vigoureusement son ambassadeur Lu Shaye. Ce rappel à l’ordre fait suite aux propos tenus
par le diplomate vendredi dernier sur le plateau de LCI. Il a notamment remis
en cause l’appartenance de la Crimée à l’Ukraine ainsi que la souveraineté des
ex-Républiques soviétiques.
Levée de
boucliers. Une sortie polémique qui n’a pas manqué de faire bondir les diplomates
et ministres de l’Europe entière. Mykhaïlo Podoliak, conseiller de Volodymyr
Zelensky, s’est étonné sur Twitter “d’entendre une version absurde de
l’histoire de la Crimée”. Depuis Ostende hier, où il participait au sommet de
la mer du Nord, Emmanuel Macron a rappelé que “ce n’est pas la place d’un
diplomate de tenir ce type de langage”. Lu Shaye a d’ailleurs été reçu par le
directeur de cabinet de Catherine Colonna — un entretien prévu de longue date —
qui a insisté sur “le caractère inacceptable de ses déclarations”.
Récidiviste. Dans
la série “propos polémiques”, le diplomate n’en est pas à son coup d’essai. En
avril 2020, il avait déclaré que les soignants des EHPAD en France avaient
“abandonné leurs postes du jour au lendemain (…) laissant mourir leurs
pensionnaires de faim et de maladie”. En 2021, après une polémique sur les
travaux forcés dans le Xinjiang, le compte Twitter de l’ambassade chinoise
avait publié : “Si la cueillette du coton avec le consentement des travailleurs
peut être qualifiée de “travail forcé”, quid de l’embauche de travailleurs
saisonniers pour les vendanges dans certains pays européens ?”
AUSSI À L’AGENDA
Emmanuel Macron
préside à 9 heures le Conseil de défense et sécurité nationale. Il se rend
ensuite à Vendôme dans le Loir-et-Cher avec François Braun pour une visite de
la maison de santé pluridisciplinaire universitaire de la ville.
Elisabeth Borne
s’entretient avec Arnaud Rousseau, nouveau président de la FNSEA.
Bruno Le Maire se
rend à 10 h 45 à la clôture du Conseil national du commerce. Il participe à un
déjeuner de travail à l’occasion de la réunion ministérielle de la Communauté
économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et de la France. Le
ministre s’entretient à 16 h 45 avec Véronique Bédague, PDG de Nexity et à 17 h
30 avec Sabrina Soussan, DG de Suez. Christophe Béchu et Olivia Grégoire
lancent le Conseil National du Commerce à 9 heures. Agnès Pannier-Runacher se
rend à Copenhague pour participer à la conférence Wind Europe sur le
développement de l’énergie éolienne en Europe.
Jean-Noël Barrot
est en Corée du Sud dans le cadre d’échanges entre l’écosystème économique et
tech coréen et les acteurs économiques et tech française. Roland Lescure
rencontre à 17h30 Jean-Philippe André, président de l’Association nationale des
industries alimentaires et à 18 heures, Stéphane Dion, ambassadeur du Canada en
France. Laurence Boone s’entretient à 8h45 avec Stanislas Guerini et à 14
heures avec Sylvie Guillaume, députée européenne. Bérangère Couillard se rend à
Rochefort en Charente-Maritime pour visiter le siège du Conservatoire du
littoral, puis à Saint-Froult pour le lancement de l’opération “Attention, on
marche sur des œufs”, en partenariat avec l’Office Français de la Biodiversité,
la Ligue pour la Protection des Oiseaux, l’Office National des Forêts et le
conservatoire du littoral.

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