Playbook Paris: Le grand bingo de Borne — Le RN
fête la paix sociale — Xi et Zelensky
BY ELISA
BERTHOLOMEY
APRIL 27,
2023 7:01 AM CET
POLITICO
Playbook Paris
Par ELISA
BERTHOLOMEY
Bonjour à toutes
et à tous, bon réveil, nous sommes jeudi 27 avril 2023. Dans un océan
d’annonces plutôt prévisibles, difficile d’échapper hier à la principale — pour
ne pas dire la seule — nouveauté de la feuille de route présentée par Elisabeth
Borne. Il n’y aura pas de loi immigration d’ici cet été. “Aujourd’hui, il
n’existe pas de majorité pour voter un tel texte”, a sobrement constaté la
Première ministre.
Qu’ouïs-je,
qu’acoustiquais-je ? Cette annonce a fait sursauter une bonne partie de la
presse française, dont votre infolettre (soyons honnête) qui pensait avoir
compris, depuis les propos d’Emmanuel Macron lundi, que le projet de loi
immigration était une priorité des priorités. Que nenni : le texte a été
repoussé de quelques mois et sera présenté “à l’automne”.
Dans la presse. Les
confrères ont essayé de comprendre ce changement de pied. Selon l’Opinion,
“Matignon s’est donné du temps pour tenter de faire atterrir un texte mal
emmanché dès le départ” entre une majorité divisée et une droite qui campe sur
une ligne dure. “Les LR n’étaient pas tous d’accord”, ajoutent Les Echos. Le
Parisien constate que tout ceci donne “une énième impression de cafouillage au
sommet de l’État”, alors qu’Emmanuel Macron “n’aurait pas été totalement contre
un passage en force”.
Le
smartphone dans la plaie. Votre infolettre a, bien sûr, elle aussi fait
chauffer son téléphone pour apporter sa pierre à l’édifice explicatif. Et est
humblement arrivée à cette même conclusion : la droite n’était pas d’accord et
Macron a encore changé d’avis. Ce que résumait peu poétiquement mais
efficacement un conseiller ministériel joint en début de soirée : “cette loi,
c’était le carrefour de plusieurs emmerdes”.
LE GRAND
BINGO DE BORNE
PLAYBOOK
S’AMUSE. La Première ministre
a donc dévoilé sa feuille de route pour les prochains mois, depuis l’Elysée,
hier. Habitué aux prises de parole et autres grandes déclarations, Playbook
avait préparé sa petite grille de bingo avec les sujets pressentis.
Bingo : partage
de la valeur. L’accord conclu entre le patronat et les organisations syndicales
sera finalement transposé dans un projet de loi dont le Parlement débattra
“dans les trois mois qui viennent”. Les conditions pour accéder au dispositif
seront assouplies pour que les PME puissent également être concernées. Il faut
“une distribution plus juste des richesses produites par les entreprises”, a
insisté Borne, qui a aussi demandé aux employeurs de “prendre leur part”.
Bingo : France
Travail. Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, Pôle Emploi va changer de nom
avec un projet de loi dévoilé début juin. Dans la foulée, la Première ministre
a présenté le “nouveau pacte de la vie au travail”, un agenda social bâti avec
les organisations syndicales, a-t-elle dit, pour discuter perspectives de
carrières, compte épargne temps universel ou suite de la réforme de
l’assurance-chômage.
Bingo : France
2030. C’est sous ce vocable qu’Elisabeth Borne a confirmé le projet de loi
“Industries vertes”. Présenté en conseil des ministres mi-mai, il sera discuté
au Parlement “cet été”. Si “France Nation verte” n’a pas été mentionnée — au
grand désespoir de Playbook qui n’a pu cocher cette case —, la cheffe du
gouvernement s’est tout de même engagée à déployer “une planification
écologique ambitieuse”. Celle-ci passera par un plan de sobriété pour l’usage
de l’eau, une nouvelle gestion des forêts et la rénovation thermique des
bâtiments.
Bingo, bingo,
bingo, bingo et bingo. La PM a confirmé le projet de loi sur le numérique, la
réforme du lycée professionnel, le recrutement de 6000 assistants médicaux de
plus, le remplacement des professeurs absents pour de courtes durées ou la
mobilisation de 150 policiers et gendarmes supplémentaires, dès la semaine
prochaine, dans les Alpes-Maritimes.
Bingo : les mots
pour le dire. Elisabeth Borne présentait certes sa feuille de route, mais
surtout “la mise en œuvre des engagements” d’Emmanuel Macron. Si elle n’a pas
cité le nom du chef de l’Etat lors de son discours (mais 8 fois le “président
de la République”), la Première ministre a mentionné 12 fois le mot “concret”,
évoqué 5 fois “engagement” et 19 fois le mot “action”. Elle a aussi dit “ce que
nous disons, nous le faisons”, reprenant texto une phrase prononcée par son
N+1. Et encore bingo.
Pas bingo : le
49.3. Les divers et encore récents recadrages d’Emmanuel Macron à propos de la
promesse de Borne de ne plus recourir au 49.3 “en dehors des textes financiers”
n’y sont peut-être pas pour rien : la Première ministre s’est bien gardée de
répéter cet “objectif” hier, malgré les nombreuses questions des journalistes à
ce sujet. La cheffe du gouvernement a en revanche martelé avec insistance son
souhait de “trouver des majorités texte par texte”.
Pour conclure.
Malgré tous les mots comptent triple utilisés, la présentation de Borne n’a
manifestement pas convaincu, ainsi que le relèvent Libé, les Echos, Le Figaro
ou encore l’Express. La Première ministre assurera le service après-vente de
cette feuille de route dans la matinale de France 2, dès 7 h 30 ce matin.
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FÊTE DE LA NATION
DU RN
HAVRE DE PAIX
SOCIALE. La direction du Rassemblement national a choisi de faire de “la paix
sociale” la thématique centrale de sa Fête de la Nation organisée au Havre le
1er mai, a appris mon collègue Antoine Comte. Le RN veut apparaître comme le
parti de la stabilité dans un climat social agité. “Nous voulons montrer que
nous sommes les seuls à pouvoir rassembler et recoudre la nation”, justifiait
hier un cadre du RN.
Pas
d’accord. Mais une fois n’est pas coutume au Rassemblement national, ce thème
ne fait pas complètement l’unanimité. Un poids lourd du parti concédait même
hier soir ne pas comprendre ce choix. “Marine Le Pen, candidate de la paix
sociale : c’est comme quand on avait dit, ‘Marine Le Pen, candidate de la
liberté’ au début de la présidentielle, ça ne marchait pas”, grinçait-il auprès
d’Antoine. Avant de compléter : “Le RN, parti des salaires et du travail, là on
comprend”.
Suspense.
D’ici au 1er mai, plusieurs réunions de travail sont donc prévues pour
finaliser la préparation de l’événement, qui doit rassembler près de 1500 personnes,
et valider définitivement ce thème.
DIPLO FOCUS
XI –
ZELENSKY. Plus de 400 jours après le début de l’offensive russe contre
l’Ukraine, le Président Chinois Xi Jinping a enfin décroché son téléphone pour
discuter avec son homologue ukrainien. L’appel, décrit comme “long et
significatif” par Volodymyr Zelensky, s’est accompagné de l’annonce de l’envoi
d’un représentant spécial du gouvernement chinois en Ukraine afin de rechercher
un “règlement politique”.
Merci qui ?
Choix notable, l’Elysée a promptement envoyé quelques phrases de réaction dans
les boucles WhatsApp d’échanges avec la presse, saluant “tout dialogue qui peut
contribuer à une résolution du conflit”. La présidence rappelait au passage que
le Président Xi avait assuré à Emmanuel Macron, lors de sa visite en Chine,
qu’il avait l’intention d’appeler Zelensky.
Oui, mais.
Si Zelensky et Xi ont tous les deux affirmé qu’une amélioration des relations
bilatérales était en bonne voie, des différences importantes émergent entre les
deux dirigeants. Le président chinois, allié de Vladimir Poutine, maintient une
certaine ambiguïté vis-à-vis du conflit : il a ainsi appelé à “la négociation”
tout en ajoutant que la Chine a “toujours été du côté de la paix”. Zelensky, en revanche, continue de refuser
d’entamer des pourparlers tant que les Russes occupent des territoires ukrainiens.
LU SHAYE, UN LOUP
À LA NICHE. L’appel arrive quelques jours seulement après les propos polémiques
de l’ambassadeur de Chine à Paris. Lu Shaye n’en est pas à son premier dérapage, comme nous le racontions
lundi. Mais c’est la première
fois qu’il est lâché publiquement par Pékin qui assure que ses commentaires
n’étaient que des réflexions “personnelles”. La figure de proue de la
génération des diplomates “loups guerriers” de Chine s’est-elle prise au piège
de son propre jeu de provocation ? Pour le savoir, lisez le portrait de
Lu Shaye par mes collègues Clea Caulcutt et Stuart Lau (en anglais).

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