terça-feira, 6 de setembro de 2022

Playbook Paris: Sobriété parlementaire — L’énergie et les espoirs — All about Truss

 


Playbook Paris: Sobriété parlementaire — L’énergie et les espoirs — All about Truss

BY JULIETTE DROZ

SEPTEMBER 6, 2022 7:00 AM

 

POLITICO Playbook Paris

Par JULIETTE DROZ

https://www.politico.eu/newsletter/playbook-paris/sobriete-parlementaire-lenergie-et-les-espoirs-all-about-truss/

 

Bonjour à toutes et à tous, bon réveil, nous sommes mercredi 6 septembre. Si vous êtes l’un des 477 habitants de la commune de Louans-Villegruis-Fontaine, paisible village médiéval à l’est de la Seine-et-Marne, ne soyez pas étonné de voir débarquer à l’orée du jour des dizaines de cars satellites aux abords de la forêt et du site de conférences qui s’y trouve : les députés et sénateurs de Renaissance y posent leurs mallettes à compter de ce matin et jusqu’à demain pour les journées parlementaires de la majorité.

 

Au programme, avant leur rentrée officielle le 3 octobre en hémicycle : des débats sur le plein emploi, la souveraineté, la transition écologique et énergétique et la démocratie. La présidente du groupe au Palais Bourbon Aurore Bergé ouvrira le bal avec le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement Franck Riester et la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet. La Première ministre Elisabeth Borne clôturera les festivités. Parmi les intervenants, notons la présence de Jean-Marc Jancovici, membre du Haut conseil pour le climat et de la paléoclimatologue Valérie Masson Delmotte, qui avait déjà répondu à l’invitation du gouvernement pour son séminaire de rentrée. Nul doute que l’environnement arboré du lieu sera également propice aux conciliabules et autres messes basses autour du périlleux budget 2023 et du recours possible au 49.3.

 

C’est pas Versailles ici. Et puisqu’il s’agit de donner l’exemple à l’heure où les Français sont invités à baisser le thermostat dans leurs chaumières cet hiver, les nouveaux parlementaires qui espéraient recevoir une gourde floquée Renaissance repartiront bredouilles. Point de goodies donc, une cantine en circuit court, des flyers rationnés imprimés sur du papier recyclé et zéro clim’ dans les salles de conférences… Un avant-goût de la saison automne-hiver 2022 qui s’annonce et sur laquelle Emmanuel Macron est longuement revenu hier après-midi lors d’une conférence de presse inopinée consacrée à l’énergie.

 

LE DEBRIEF DE LA CONF

PLAN B. Après ses propos philosophico-catastrophistes du 24 août dernier sur “la fin de l’abondance, des évidences et de l’insouciance” en conseil des ministres, qui avaient provoqué quelques yeux ronds jusque dans sa majorité, voilà qu’Emmanuel Macron semble changer de ton. Hier, son déplacement sur l’énergie au large de Saint-Nazaire ayant pris l’eau, en raison d’un avis de gros temps sur l’estuaire de la Loire (et au-delà), le programme s’est transformé en conférence de presse mâtinée de pédagogie à l’heure du goûter. Auparavant, le chef de l’Etat avait profité de cet imprévu d’agenda pour échanger en visio avec le chancelier allemand sur la crise énergétique. La veille, Olaf Scholz avait surpris jusqu’à Paris en annonçant vouloir mettre à contribution les profits de certaines grandes entreprises pour soulager la facture des ménages, comme vous le narrait Playbook ici.

 

Amish, entends-tu. Hier donc, Emmanuel Macron s’est adressé aux Français en les appelant à la “sobriété volontaire”, les (r)assurant qu’avec des “gestes simples”, il n’y aurait “pas de fatalité du tout”. Le chef de l’Etat a égrené la liste d’éco-efforts pour passer l’hiver au tiède : “mettre la clim’ un peu moins fort” quand il fait chaud, baisser le radiateur “autour de 19°” quand il fait froid. Suffisant, selon le chef de l’Etat, pour être “au rendez-vous de la responsabilité collective”, c’est-à-dire baisser notre consommation de 10% et éviter une sobriété contrainte, sous forme de coupures ou de mesures de rationnement. Suffisant aussi pour susciter pléthore de réactions outrées côté oppositions à l’image du torpilleur du RN Jean-Philippe Tanguy sur Twitter : “En 1974, face à la crise pétrolière, la France lance un gigantesque plan nucléaire. En 2022, Emmanuel Macron propose de baisser le chauffage”. Certains écolos en ont même profité pour railler un président “devenu Amish” ou “conseiller énergie”…

 

Gaz contre électricité. Parmi les annonces à retenir (le détail ici ou là), le chef de l’Etat a esquissé un mécanisme de solidarité européenne en matière d’énergie. Dans une sorte de chassé-croisé électro-gazier, la France pourrait être amenée à livrer du gaz à son voisin allemand, “si l’hiver est difficile et que l’Allemagne en a besoin” a précisé Macron. En retour, les Allemands pourraient partager une partie de leur électricité, alors que notre parc nucléaire tourne à la moitié de ses capacités. Pour se préparer à une éventuelle demande outre-Rhin, les travaux de nouveaux terminaux gaziers seront d’ailleurs lancés dans les prochaines semaines.

 

Lexique électrique. Le Président, s’il a pris le soin de ne pas prononcer le mot “taxe”, encore moins celui de “superprofit”, n’en a pas moins évoqué la manière dont il entend mettre à contribution les “opérateurs énergétiques” dont “les coûts de production sont très inférieurs au prix de vente sur le marché”. La “bonne approche” face à ces “bénéfices indus” serait, à l’entendre, avant tout européenne. “Cette contribution pourrait ensuite être reversée aux États membres pour financer leurs mesures nationales ciblées”, a-t-il poursuivi. Tout en laissant une porte ouverte, en France, en cas d’échec des Vingt-sept, qui planchent sur le sujet. “Si une telle approche échouait au niveau européen, nous serions amenés à le faire au niveau national” a-t-il glissé à deux reprises.

 

FUIS-MOI JE TE SUIS. La pression sur le sujet n’est en tout cas pas prête de retomber à l’Assemblée nationale. C’est en effet aujourd’hui que se réunissent pour la première fois les membres de la mission flash sur la taxation des superprofits, réclamée par le président de la Commission des Finances, l’insoumis Eric Coquerel. Outre les deux co-rapporteurs, le marcheur David Amiel et l’insoumis Manuel Bompard, chaque groupe politique s’y verra représenter par un parlementaire. Y participeront notamment Christine Pirès Beaune (PS), Christine Arrighi (EELV), Karine Lebon (GDR), Jean-Philippe Tanguy (RN) ou Marie-Christine Dalloz (LR).

 

À confesse. Si pour des raisons d’agenda, les auditions prévues ne commenceront pas avant mardi prochain, entre vingt et trente devraient être réalisées d’ici au début du mois d’octobre et la remise du rapport. Elles seront circonscrites à trois secteurs : l’énergie, le carburant et le fret maritime. La liste n’est pas encore finalisée mais plusieurs grands patrons devraient passer sur le gril à l’image de celui d’Engie, de l’armateur CMA-CGM et de Total pour des auditions que les deux co-rapporteurs espèrent publiques. Pour l’aider à dresser un état des lieux de la législation en vigueur chez nos voisins, la mission s’appuiera également sur les réponses à un questionnaire envoyé dans de nombreuses ambassades, a appris votre infolettre.

 

Boulets rouges. Le rapport, s’il n’a pas vocation à déboucher sur un texte de loi, n’en permettra pas moins de “faire un état des lieux de ce qui existe… et de ce qui pourrait être mis en place”, insistait auprès de Playbook Manuel Bompard. Les divisions au sein de la majorité sur le sujet n’ont pas échappé à la France Insoumise qui compte également sur le soutien de ses alliés de la Nupes pour faire monter la mayonnaise. Les socialistes peaufinent en ce moment une proposition de loi dans l’espoir d’organiser un référendum sur la taxation des superprofits. Le texte devrait atterrir d’ici à la fin du mois, selon RTL.

 

ALL ABOUT TRUSS

MEET LIZ. Aujourd’hui à midi, Liz Truss arrivera en hélicoptère dans le cadre grandiose du château de Balmoral, le vaste manoir du XIXème siècle d’Elizabeth II, situé dans les Highlands écossais, écrit notre collègue Annabelle Dickson (son article, ici, en anglais), où elle sera invitée à former un gouvernement. Après sa confortable victoire hier à la tête des conservateurs face à Rishi Sunak (57% contre 43%), Truss sera le 15ème personnage politique à participer à une telle audience avec la reine. Coquetterie toute britannique, l’entrevue est encore connue sous le nom de “baise-main”, bien que la pratique ne soit en réalité plus d’actualité.

 

Truss, antisociale ? Après un discours à la nation devant le 10 Downing street vers 16 heures, Truss recevra les applaudissements du personnel de la maison, comme le veut la tradition, avant de se plonger dans les affaires du pays. Très libérale, celle qui va jusqu’à copier le style vestimentaire de Margaret Thatcher — dont elle revendique l’héritage — a déjà promis de réduire massivement les impôts des Anglais. Utilisant les mêmes ficelles populistes que Boris Johnson, elle s’est illustrée lors de sa campagne par des sorties sur les fonctionnaires, le “wokisme” ou encore les grévistes. Notre collègue Matt Honeycombe-Foster vous propose un portrait haut en couleurs de la nouvelle Première ministre et répond à toutes les questions que vous n’avez jamais osé poser à son sujet. Nos collègues Annabelle Dickson, Esther Webber et Emilio Casalicchio se sont quant à eux replongés dans la (brutale) campagne pour la présidence des Tories et racontent comment Truss a gagné.

 

Doux-amer. Hier, lors de sa conférence de presse, Emmanuel Macron a salué la nouvelle dirigeante, non sans une petite pointe d’ironie : “Nous sommes à disposition pour pouvoir travailler entre, comme on dirait, alliés et amis…” Une petite phrase qui fait référence à cet échange par média interposé relaté par POLITICO. Olaf Scholz, lui, l’a félicitée via Twitter, et s’est dit “impatient de leur coopération en ces temps difficiles”.

 

Et Boris, dans tout ça ? Le premier ministre sortant n’a lui, pas manqué de congratuler Truss. “Je sais qu’elle a le meilleur plan pour s’attaquer à la crise de l’inflation, unir notre parti et poursuivre le grand travail d’unification et d’amélioration de notre pays”, a-t-il tweeté. Un soutien dont celle qui lui succède aura bien besoin : elle va devoir affronter une colère sociale forte, la crise énergétique et rassembler son parti avant les élections générales de 2024. Quant à Johnson, il pourrait retourner travailler dans les médias, écrire et vendre ses mémoires et préparer son avenir politique… En attendant, pour les amateurs de schadenfreude, voici un retour sur les bourdes, couacs et scandales qui lui ont coûté son poste.

 

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PLAYBOOK EXPRESS

LA GUERRE DES SEMI-CONDUCTEURS. Loin des villes ukrainiennes bombardées par l’armée russe, mais au coeur de la bataille, l’issue de la guerre en Ukraine pourrait bien se jouer dans l’accès à certains composants qui font défaut à l’armée russe. Selon le gouvernement ukrainien, le Kremlin a établi des listes d’achats de semi-conducteurs, de transformateurs, de connecteurs, de transistors et autres composants, fabriqués pour la plupart par des entreprises américaines ou occidentales et dont Moscou a désespérément besoin pour alimenter son effort de guerre. POLITICO a vu l’une des listes russes, qui est divisée en trois catégories de priorité, des composants les plus critiques aux moins critiques. Elle inclut même le prix par élément que Moscou s’attend à payer, jusqu’au dernier kopeck. Lisez ici l’article de nos collègues Zoya Sheftalovich et Laurens Cerulus.

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