Playbook Paris: Pied au Pancher — Le plan Attal —
Le drapeau qui divise
BY ANTHONY
LATTIER
MAY 9, 2023
7:02 AM CET
POLITICO
Playbook Paris
Par ANTHONY
LATTIER
Bonjour à toutes
et à tous, très bon réveil, nous sommes mardi 9 mai 2023. Après Lyon hier,
Emmanuel Macron poursuit sa route, et se rendra à Dunkerque ce vendredi. Un
conseiller du président nous a confirmé hier l’information avancée par nos
confrères de La Voix du Nord.
Grosses annonces.
L’Elysée se refuse en revanche à détailler les raisons de la venue du chef de
l’Etat dans la cité du chicon jambon. Alors que divers journaux parlent de
l’installation d’une grande usine de batteries électriques par un groupe
taïwanais, la présidence se fait vague. Elle évoque seulement des annonces sur
“des investissements à hauteur de plusieurs milliards d’euros sur plusieurs
projets qui vont créer des milliers d’emplois dans la région”.
Attendez-vous ces
prochains jours, quoiqu’il en soit, à entendre parler d’un des dadas présidentiels
: la réindustrialisation. Dans le carnet de bal d’Emmanuel Macron : le détail
jeudi à l’Elysée d’une partie du projet de loi “industrie verte” et
l’organisation lundi prochain de la 6e réunion Choose France au château de
Versailles.
Manque de chance,
l’investisseur chinois MA Steel a gâché la fête en annonçant vendredi dernier
son retrait de l’entreprise Valdunes. Les salariés en grève du site de
Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes dans le Nord, ont de la visite
aujourd’hui : Fabien Roussel y est attendu ce matin, Marine Tondelier et
François Ruffin cet après-midi. Tous trois veulent apporter leur soutien
aux employés du dernier producteur français de roues et d’essieux pour train.
EN CHAMBRE
PIED AU
PANCHER. Tenez-le-vous pour dit, le président du groupe Liot, Bertrand Pancher,
ne veut pas seulement abroger la loi réformant les retraites. Ni même
n’ambitionne-t-il uniquement de créer une “contre-majorité” à l’Assemblée. Non,
il vise un “contre-gouvernement” au cours des prochains mois, a appris Playbook.
Il en parlera ce matin avec
ses collègues lors de la réunion hebdomadaire de son groupe et à l’occasion de
la conférence de presse qui suivra.
Reprenons. Le
président de Liot — un groupe pivot à l’Assemblée qui compte 20 députés
majoritairement
centristes — pense pouvoir obtenir une majorité sur son texte d’abrogation.
Nous vous parlions de ce texte vendredi, Charles de Courson en sera le rapporteur
et il sera examiné le 8 juin. Si la PPL n’a aucune chance de passer au Sénat,
l’éventualité de son adoption dans l’hémicycle de l’Assemblée colle déjà des
sueurs froides aux caciques de la majorité. Scénario redouté par l’un d’entre
eux hier auprès de votre infolettre : “Le vote de l’abrogation serait explosif
dans l’opinion et ne pourrait entraîner qu’une dissolution !”. Dans une lettre
adressée au président de la République et publiée ce matin dans L’Opinion,
Pancher demande d’ailleurs “solennellement” à l’exécutif “de ne pas entraver ce
processus démocratique et de laisser enfin les députés voter.”
Sky ze limit.
Mais ceci n’est que le premier étage de la fusée Pancher. Assurant qu’il
souhaite également offrir une porte de sortie au président de la République, le
député propose dans son texte l’organisation d’une conférence sociale. Et c’est
très sérieux : afin de “préparer” celle-ci, il rencontrera le secrétaire
général de la CFDT Laurent Berger ce soir à 19 heures, selon nos informations.
Il prévoit aussi de voir Sophie Binet de la CGT dans les prochains jours, ainsi
que les autres représentants syndicaux.
Plus encore,
Pancher entend rencontrer les présidents des autres groupes de l’Assemblée. La
proposition qu’il veut leur faire ? Mettre sur pied une “majorité alternative”
à l’actuelle majorité et imposer ainsi une “cohabitation de fait” au chef de
l’Etat. Une majo qui irait donc potentiellement (accrochez-vous) de la Nupes au
RN en passant par quelques LR et même des macronistes…
LES 10 TRAVAUX.
“Il faut travailler sur une dizaine de propositions qui font consensus et tout
le reste arrivera naturellement”, voulait croire l’élu de la Meuse hier au
téléphone avec Playbook. Parmi ces propositions, une réforme des institutions,
un “choc économique”, un “choc social” ou encore la “rationalisation des
services publics”. Avec, donc, au bout du processus fomenté par un Pancher qui
se sent pousser des ailes, la formation d’un “contre-gouvernement”.
Faire sa fête au
PLF. A noter que le groupe Liot voudrait également présenter un “budget
alternatif” sur lequel ils pensent aussi pouvoir trouver une majorité. Objectif
: “pulvériser” le prochain projet de loi de finances du gouvernement par des
amendements, selon les mots d’un proche de Pancher. A la manœuvre, là encore,
l’inévitable Charles de Courson.
LES DEUX
BERTRAND. “Il est temps que tout le monde se rassemble”, insistait encore
Pancher, dont l’entourage se prévaut de plusieurs soutiens de poids, notamment
de celui de Xavier Bertrand. De fait, les deux hommes s’étaient
entretenus en janvier dernier. Et le 22 avril, dans Le Monde, le président de
la région Hauts-de-France s’était aussi fendu d’une amabilité à l’endroit du
groupe Liot. Pour sortir de la crise
politique, il avait appelé Emmanuel Macron à nommer un Premier ministre issu
d’une autre formation que de l’actuelle majorité. Et ajouté : “Il y en a deux
de nature à apporter une majorité à l’Assemblée nationale : Liot et LR”. La
majorité est prévenue.
C’EST AUJOURD’HUI
PLAN CONTRE LA
FRAUDE FISCALE. Gabriel Attal est attendu ce matin sur France Inter pour faire
le service après-vente d’un plan de lutte contre la fraude fiscale qu’il a en
grande partie dévoilé hier dans les colonnes du Monde. Le ministre des Comptes
publics ira ensuite faire quelques images à Ivry-sur-Seine où le recevront les
enquêteurs spécialisés dans la fraude fiscale du SEJF (Service d’enquêtes
judiciaires des finances), dont les effectifs vont doubler.
Parmi les mesures
annoncées : l’augmentation de 25 % des contrôles fiscaux des plus gros
patrimoines et la systématisation d’un contrôle fiscal tous les deux ans des
cent plus grandes capitalisations boursières. Attal propose en outre un renforcement des
sanctions pour les fraudes les plus graves et la création d’une “sanction
d’indignité fiscale et civique”. C’est-à-dire : la privation de toute réduction
ou tout crédit d’impôt et de son droit de vote pendant un temps donné. Il
souhaite aussi assortir certaines condamnations pour fraude fiscale de travaux
d’intérêt général.
Gros
pinceaux. Pour prouver qu’il ne plaisante pas, le ministre a déjà dégainé une
punchline typiquement attalienne : “En plus de payer son amende, le gros
fraudeur fiscal ira repeindre le centre des impôts”.
Bons baisers de
Bercy. Autre mesure : la création d’un “service de renseignement fiscal” à
Bercy qui pourra mettre en place des écoutes, ou capter des données pour
“identifier les grandes fraudes internationales”. Les espions fiscaux auront
aussi pour mission de recruter des informateurs dans les institutions financières.
Des agents de Bercy pourront aller enquêter dans les paradis fiscaux.
Question de
véhicule. Prudent, Attal n’a pas nécessairement l’intention d’en passer par un
projet de loi ad hoc pour faire adopter son plan. Il dit privilégier “le
réglementaire, le projet de loi sur les douanes et les textes budgétaires”.
SANS
OUBLIER LA FRAUDE SOCIALE. Gabriel
Attal bûche aussi sur un plan de lutte contre la fraude sociale qui sera
présenté dans deux semaines. Accusé par une partie de l’opposition de mettre sur
un pied d’égalité la fraude fiscale et la fraude sociale alors que l’ampleur de
cette dernière est beaucoup moins importante, le ministre répondait la semaine
dernière qu’“il n’y avait pas de fraude dont il ne faudrait pas s’occuper”. Sans se dédire, Attal rééquilibre
son discours dans Le Monde, jugeant la fraude des plus puissants
“impardonnable”.
Les
chiffres. Selon lui, 14,6 milliards d’euros de mises en recouvrement au titre
de la fraude fiscale ont été réalisés l’an passé, dont 9 milliards concernent
les entreprises et 2,2 milliards la TVA. Et ce sont 800 millions d’euros qui
ont été recouvrés pour la fraude sociale.
PLAYBOOK
EXPRESS
LE DRAPEAU
QUI DIVISE. Ce matin, très tôt, quatre responsables du PS dont Olivier Faure
ont jeté de l’huile sur un feu déjà bien vif (les listes de gauche pour les
européennes) en publiant une tribune dans Le Monde. Rien qui ne puisse conduire à apaiser l’explosive
séance que l’hémicycle de l’Assemblée nationale promet ce soir. Souvenez-vous,
les députés doivent examiner la proposition de loi du député Renaissance
Mathieu Lefèvre qui veut rendre obligatoire le pavoisement des drapeaux
français et surtout, européen, sur le front des mairies.
La majorité
va-t-elle à nouveau afficher ses divergences de vues sur le sujet ? Mercredi dernier, le texte avait été
rejeté en commission, comme vous l’avait raconté Playbook. Explication : l’abstention du Modem, allié
de Renaissance, qui n’est pas convaincu de l’impérieuse nécessité de la mesure
dans le contexte actuel. “Quand il est question d’Europe, aucune voix de la
majorité ne doit manquer ni se manquer”, met en garde Pieyre-Alexandre Anglade,
le président de la commission des affaires européennes, dans Le Figaro ce
matin.
A gauche aussi,
le drapeau bleu fracture les alliés de la Nupes. En affirmant qu’il renvoyait à
une “forfaiture démocratique” (l’adoption du traité européen malgré le vote non
des Français au référendum), l’eurodéputée Insoumise Manon Aubry s’est attiré
les foudres de ses collègues écologistes Yannick Jadot et David Cormand. Cela
dans un contexte pour le moins électrique où les Verts s’efforcent de justifier
leur choix de présenter leur propre liste aux européennes en pointant leurs
désaccords avec les Insoumis.
MACRON
TITILLERAIT-IL SCHOLZ ? La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena
Baerbock, se rendra à Paris demain après-midi pour rencontrer Emmanuel Macron,
a appris Hans Joachim Von Der Burchard, mon collègue de Berlin. Un traitement
spécial pour un ministre des Affaires étrangères, qu’elle avait d’ailleurs déjà
obtenu en décembre. Mercredi, Baerbock rencontrera son homologue Catherine
Colonna, ce qui est plus commun.
Le gouvernement
allemand affirme que l’invitation peu protocolaire de Macron est seulement une
preuve de la relation étroite désormais entretenue par l’Allemagne et la
France. Mais d’après l’œil expert de Hans Joachim, Macron pourrait surtout
trouver là un moyen d’embêter Scholz — Baerbock est une rivale qui lui est
plutôt sérieuse dans la course à la Chancellerie de 2025…
VON DER LEYEN
TRÈS SOUTENUE. Alors que Vladimir Poutine doit prononcer un discours à
l’occasion des commémorations de la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie,
Ursula von der Leyen est attendue à Kiev. Pour sa cinquième visite depuis le
début de l’attaque l’armée russe, en ce 9 mai qui est aussi la journée de
l’Europe, la présidente de la commission rencontrera Volodymyr Zelensky.
Vraiment très très
soutenue. A un an des élections européennes, Ursula von der Leyen est bien
partie pour se succéder à elle-même, vous raconte ici mon collègue Nicholas
Vinocur (en anglais). Elle n’a toujours pas confirmé sa volonté de briguer un
second mandat, mais l’ex-ministre d’Angela Merkel bénéficie de nombreux
soutiens (notamment à Berlin, comme Playbook vous le racontait fin avril).
Jeudi dernier, les chefs du PPE et les chrétiens-démocrates de la CDU ont
apporté leur soutien à la présidente. Bref, une position tellement hégémonique
qu’un fin connaisseur du Parlement interrogé par Nicholas se demande s’il y
aura une véritable campagne.
AUSSI À L’AGENDA
Emmanuel Macron
recevra Annalena Baerbock, ministre des Affaires étrangères en Allemagne, selon
les informations de nos collègues de Berlin.
Elisabeth Borne
participe à 8 heures au petit-déjeuner de la majorité. Elle préside à midi le
Comité interministériel de la Transformation publique en présence de Gérald
Darmanin, Eric Dupond-Moretti, Olivier Dussopt, Pap Ndiaye, Sylvie Retailleau,
François Braun, Jean-Christophe Combe, Stanislas Guerini, Olivier Véran,
Jean-Noël Barrot et Carole Grandjean. Elle reçoit à 18 heures Louis Mapou,
Président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Bruno Le Maire
reçoit à 10 heures le groupe LFI dans le cadre de ses consultations sur le
projet de loi “industrie verte”. Il déjeune à 13 heures avec Martin Bouygues,
président du conseil d’administration de Bouygues. Il rencontre à 16 heures le
groupe Liot dans le cadre de ses consultations pour le projet de loi “industrie
verte” et à 17 heures le groupe écologiste du Sénat. Bérangère Couillard se
rend à 10 heures au lancement du projet ReUse, la première initiative pour
préfigurer un dispositif de réemploi mutualisé et national pour les emballages
alimentaires.
Assemblée
nationale : En séance publique à 15 heures, questions au gouvernement,
proposition de résolution visant à inscrire le groupe paramilitaire russe
Wagner sur la liste des organisations terroristes de l’UE. A 21 h 30, proposition
de loi visant à rendre obligatoire le pavoisement des mairies avec les drapeaux
français et européen, proposition de loi visant à faciliter la mobilité
internationale des alternants pour un “Erasmus de l’apprentissage”.
La commission des
finances auditionne à 17 h 30 Pierre Moscovici sur l’avis du Haut Conseil
relatif au programme de stabilité. A 20 h 30 se déroule une discussion unique
sur l’exécution budgétaire avec Olivier Dussopt et Carole Grandjean et à 22
heures avec Marc Fesneau. La commission défense examine à 22 heures le projet
de loi relatif à la programmation militaire. La commission des affaires culturelles
auditionne à 17 h 30 Jean-Noël Barrot.
Charles de
Courson, député Liot de la Marne, tient une conférence de presse sur les problèmes
de l’instruction familiale suite à la loi séparatisme à 10h15.
L’association
Utiles organise une conférence de presse sur les élections européennes à 14h au
café Concorde.
Sénat : En séance
publique à 14h30 et 21h30 : dernière lecture du projet de loi sur
l’accélération du nucléaire ; dernière lecture de la proposition de loi sur
l’amélioration de l’accès aux soins, 2e lecture de la proposition de loi visant
à mieux encadrer les centres de santé, proposition de loi adoptée par
l’Assemblée nationale visant à mieux encadrer l’activité des influenceurs sur
les réseaux sociaux.
Fabien Roussel se
rend à Trith-Saint-Léger près de Valenciennes à 9h30 pour soutenir les salariés
en grève de Valdunes, dernier producteur français de roues et d’essieux pour
train. Marine Tondelier et François Ruffin s’y rendent à 15 heures avec d’autres
élus écologistes.
EELV : Marine
Tondelier visite à 9h30 l’éco-quartier Belgique à Loos-en-Gohelle dans le
Pas-de-Calais.

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