Macron à la quenouille file ses Cent jours
BY ELISA
BERTHOLOMEY AND ANTHONY LATTIER
JULY 4,
2023 7:00 AM CET
https://www.politico.eu/newsletter/playbook-paris/macron-cherche-a-renouer-le-fil-des-cent-jours/
Playbook
Paris
Par ELISA
BERTHOLOMEY
Avec
ANTHONY LATTIER
Bonjour à toutes
et à tous, très bon réveil, nous sommes mardi 4 juillet 2023.
PR CHERCHE
RÉPONSES À CRISE SOCIALE
TROUVER LE BOUT
DU FIL. Une semaine après la mort du jeune Nahel M. et les nuits de violences
qui s’en sont suivies, Emmanuel Macron réfléchit aux réponses à apporter et à
la façon de “reprendre la main”, dans les mots d’un communicant avec qui
Playbook échangeait dans la soirée. Ou dans ceux, plus colorés, de l’un des
conseillers du chef de l’Etat : le président cherche à “retrouver le fil de
l’histoire qui s’arrête à Marseille, et qui est celle d’un président qui a
remis des sujets sur la table”. Version encore plus emphatique, dans la bouche,
cette fois, de l’un des interlocuteurs réguliers du locataire de l’Elysée, que
Playbook a joint hier : “Cette affaire est un accident dans un cycle de
réformes”.
Retour sur le
terrain. Ainsi Emmanuel Macron a-t-il rendu une visite surprise (mais filmée
par BFMTV) aux policiers de la BAC Nuit de Paris, hier soir — son premier
déplacement en lien avec les événements.
Pelote et
rebelote. Bien sûr, la priorité des priorités reste “le retour à l’ordre et au
calme”, rappelait hier l’un des conseillers du président, pour qui les
prochaines 48 heures seront “déterminantes pour voir la tendance”. On est
encore loin du slogan de “France sereine” qu’Emmanuel Macron aurait voulu
lancer autour du 14 juillet, selon Le Parisien.
Groupe de parole.
Le chef de l’Etat a par ailleurs bien l’intention d’apporter une réponse
politique à tout cela. Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet ont été reçus hier ;
aujourd’hui, c’est plus de 220 maires victimes de violences qui sont conviés à
l’Elysée à midi pour un “moment de catharsis”, nous expliquait notre conseiller
du Palais. Emmanuel Macron n’a pas prévu de prise de parole officielle. Il veut
être “à l’écoute”, “au contact avec les maires”.
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Se creuser la
tête, mais pas casquer. Dans le même temps, c’est promis : Emmanuel Macron
poursuit ses réflexions pour “poser un diagnostic commun sur les raisons qui
ont poussé à ces événements”, d’après les éléments fournis par ses conseillers.
Une temporisation qui
n’étonnait pas le visiteur du soir cité plus haut. “En creux, il veut dire
qu’il n’a pas l’intention d’y mettre des milliards de plus”, décryptait-il.
Ça
phosphore fort. Les émeutes
de 2023 seraient différentes de celles de 2005, selon le président. A en croire
l’un de ses fidèles, Emmanuel Macron aurait “senti la bascule à l’œuvre”, ce
qu’il a prouvé en parlant de processus de “décivilisation“. Voilà pourquoi,
selon le même, plusieurs leviers pourraient être activés pour sortir de ces
“e-meutes” : “la lutte contre l’effondrement civique, l’école, qui doit rentrer
dans le champ du régalien, et la régulation XXL des réseaux sociaux”. Bref, un
“agenda de défense républicaine”, dans l’objectif de “reciviliser”.
Dépôt de bilan.
Pour l’heure, la fête nationale reste l’échéance lors de laquelle Emmanuel
Macron devrait s’exprimer et présenter le bilan des “Cent jours”. Sauf nouvel
emballement de la situation, les équipes élyséennes espèrent pouvoir permettre
au président de se réserver pour cette date. Une stratégie qui ne convainc pas tout le monde
: “Les Français ne croient plus en l’Etat. Donc attendre l’interview du 14 et
faire as usual… Ça prouverait qu’on n’a rien compris”, nous pianotait hier, un
rien blasé, le même communicant cité plus haut.
LES
MISÉRABLES. Depuis le début des émeutes, l’image de la France — et de son
président — est loin d’être au beau fixe à l’étranger, la presse raillant un
chef de l’Etat “submergé” par les violences et une France “déchirée”. L’annulation de la visite d’Etat en
Allemagne, quelques mois seulement après le report de celle du roi Charles III
en France pour cause de manifestations anti-retraites, a été largement relevée
par nos confrères (à lire ici, là et là).
Quel
horizon on voit du haut de la barricade. Très attachées à la “legacy”
d’Emmanuel Macron à l’étranger, ses équipes ont donc organisé, hier, une mise
au point téléphonique avec les journalistes de la presse internationale —
exclusivement. Un temps d’échanges durant lequel les conseillers du chef de
l’Etat se sont employés à faire passer quelques messages rassurants. “Ce n’est
pas une révolte des quartiers”, ont-ils ainsi plusieurs fois répété, ajoutant
que les violences urbaines “ne sont pas une spécificité française”.
PROJET DE LOI
IMMIGRATION
CALENDRIER
LÉGISLATIF. Cette crise sociale va-t-elle contraindre l’exécutif à revoir son
agenda des réformes ? De tous côtés de l’échiquier politique, les partis
réfléchissent déjà à de nouvelles mesures législatives pour répondre aux
violences urbaines (à lire ici ou là).
Si les deux lois justice sont en cours d’examen à l’Assemblée nationale,
un autre texte majeur devait être mis sur les rails avant la coupure estivale :
le projet de loi immigration.
En négo avec
Bruno. Depuis quelques semaines, Gérald Darmanin menait des concertations avec
les élus de droite — il a ainsi longuement discuté avec Bruno Retailleau, le
patron des sénateurs LR, mercredi dernier. Si, pour des raisons évidentes, le
ministre a mis en pause ces échanges, le calendrier du texte ne serait pour
l’instant pas modifié, selon un député Renaissance qui suit de près le dossier.
Pour
l’instant, car la situation sociale pourrait bien compliquer les choses. “Ça
pose des questions très immédiates”, observait hier un ancien conseiller
ministériel. La première d’entre elles : “comment faire accepter des
régularisations, même si c’est pour la bonne cause, dans ce contexte ?”.
On ne change pas.
Il faut dire que depuis quelques jours, LR s’adonne à une surenchère de
propositions sécuritaires, laissant penser par là que le parti ne transigera
pas sur les “lignes rouges” qu’il a fixées en matière d’immigration. Et
parmi elles : l’octroi d’un nouveau titre de séjour pour les métiers en
tension.
Pas la même. “LR cherche tous les prétextes pour ne pas
voter le texte”, poursuivait le député cité plus haut, pour qui la loi
immigration et les violences urbaines sont deux choses à bien distinguer.
Auprès de votre infolettre, il pointait ainsi le fait qu’une bonne partie des
émeutiers sont “des mineurs qui ne travaillent pas et qui, de surcroît, sont
français”.
Loin de clarifier la situation, les événements et l’émotion
des derniers jours ont conduit chacun à voir midi à sa porte. Ceux qui sont certains que le gouvernement va
pouvoir durcir sans problème, grâce au contexte. Ceux qui, à l’inverse, veulent
croire que le moment encouragera à “renforcer le côté intégration du texte”,
dixit un stratège.
ÇA BALANCE PAS
MAL À PARIS
HARO SUR DATI.
Une semaine tout pile après la perquisition à la mairie du VIIe arrondissement
de Paris, dont Rachida Dati est maire, la majorité municipale parisienne est
bien décidée à exploiter politiquement l’affaire au cours du Conseil de Paris
qui démarre aujourd’hui. Objectif
: ne pas louper une si belle occasion de mettre l’opposante n°1 d’Anne Hidalgo
en difficulté dans l’hémicycle.
Pour
rappel, la perquisition menée par l’Office central de lutte contre la
criminalité était liée à une enquête autour de Nasser Al-Khelaïfi, le patron du
PSG (pour en savoir plus, c’est par ici). Le cabinet de l’avocat Francis Szpiner, actuel
maire du XVIe arrondissement, a aussi été perquisitionné.
Au piquet.
“On ne va pas la lâcher”, promet-on dans l’entourage d’Anne Hidalgo. “Ça va
être chaud”, confirmait hier le conseiller d’un élu de la majorité. Car à
l’Hôtel de Ville, on juge l’affaire “gravissime” et on estime qu’elle n’a pas
suffisamment fait réagir. “On
a bien l’intention de faire comprendre à Rachida Dati que c’est un sujet
majeur, qui pose aussi la question de l’image de la ville”, ajoute-t-on encore.
LE CHOC DES
TITANS. Mais avant ce Conseil de Paris, Rachida Dati aura la tête dans les
sénatoriales. La commission nationale d’investiture du parti se réunit ce matin
à 8 heures, avec un cas hautement sensible à examiner : celui de Paris.
Pour mémoire, à
ce stade, Catherine Dumas, Francis Szpiner et Marie-Claire Carrère-Gée sont les
trois candidats éligibles présentés par le principal groupe d’opposition de la
capitale à l’occasion de la désignation des grands électeurs, le 9 juin
dernier. La CNI doit décider officiellement aujourd’hui de leur accorder
l’investiture du parti.
Sauf que le cas
du sortant Pierre Charon donne des nœuds au cerveau de l’état-major LR : le
sénateur veut à tout prix conserver son siège (Playbook vous en parlait ici) et
figurer sur une place éligible. Dans son viseur, donc, la deuxième place, celle promise à… Francis Szpiner, maire du XVIe
arrondissement, candidat malheureux aux législatives, et qui ne compte pas que
des amis. Le “vrai sujet de la CNI d’aujourd’hui, c’est le duel
Charon/Szpiner”, confirmait une élue LR contactée hier par votre infolettre.
Dans son sac. Le
sénateur sarkozyste, dont les relations avec Dati sont notoirement compliquées,
dispose malgré tout de quelques arguments, notamment le fait de compter
quelques amis en macronie. Or, la maire du VIIe ne cracherait pas sur un
soutien de la majorité présidentielle aux prochaines élections municipales.
D’ailleurs, Charon ne lui a-t-il pas réservé un accueil aux petits oignons lors
de la récente remise de décorations de l’animateur Arthur, organisée par lui ?
En embuscade.
Avant le verdict, le roué sénateur tient à se montrer irréprochable :
“J’attends avec confiance la décision de mon parti”, affirme-t-il, non sans
malice, jurant qu’il trouverait parfaitement incompréhensible que LR fasse une
“inélégance” à un “vieux soldat comme lui”. Dans le même temps, il se prépare,
sait-on jamais, à partir en dissidence, comme il l’a déjà fait en 2011. Une option anticipée par le plus
grand nombre en interne.
À moins… qu’un
vote de la CNI ne soit demandé, et inverse la tendance ? Patience, réponse dans quelques
heures.
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AUSSI À L’AGENDA
Emmanuel Macron
échange à partir de midi avec les maires des “plus de 220 communes victimes
d’exactions” lors des émeutes des derniers jours.
Elisabeth Borne
intervient à 11 h 30 lors de la réunion des groupes parlementaires de la
majorité.
Bruno Le Maire et
Olivia Grégoire se rendent à 8h30 à Saint-Germain-lès-Arpajon dans l’Essonne
pour échanger avec les commerçants victimes de dégradations. Christophe Béchu,
Agnès Pannier-Runacher et Jean-Noël Barrot se rendent à 8h30 à la deuxième
réunion du haut comité pour le numérique écoresponsable. Roland Lescure se rend
à 9 heures à l’ouverture du Paris Finance 2023. Il s’entretient à 12 heures
avec le préfet Rollon Mouchel-Blaisot, chargé de la mission nationale de
mobilisation pour le foncier industriel et à 19 heures avec Véronique Bédague,
PDG de Nexity.
Assemblée
nationale : en séance publique à 15 heures et 21h30, Questions au Gouvernement,
suite de la discussion du PJL d’orientation et de programmation du ministère de
la Justice et suite de la discussion du PJL relatif à l’ouverture, la
modernisation et la responsabilité du corps judiciaire.
La mission
d’évaluation de la loi du 14 décembre 2020 auditionne à 17 heures Marc Fesneau.
La commission des finances auditionne à 17h15, Bruno Le Maire et Agnès
Pannier-Runacher. La délégation aux droits des femmes auditionne à 17h30
Gabriel Attal.
Sénat : en séance
publique à 9h30, questions orales, à 14h30, 19h30 et 21h30, PPL pour renforcer
la protection des familles d’enfants malades et PJL pour sécuriser et réguler
l’espace numérique.
La commission des Lois auditionne à 17h30 Pap Ndiaye.

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