Playbook Paris: Macron pousse le CNR — La mission de
Ciotti — Le sujet Qatar s’invite à Strasbourg
BY ANTHONY
LATTIER AND ELISA BERTHOLOMEY
DECEMBER
12, 2022 7:03 AM CET
POLITICO
Playbook Paris
Par ANTHONY
LATTIER avec ELISA BERTHOLOMEY
Bonjour à toutes
et à tous, bon réveil, nous sommes lundi 12 décembre 2022. Les militants
Républicains se réveillent ce matin avec un nouveau patron. Présenté depuis
plusieurs semaines comme le favori, Eric Ciotti a été élu avec 53,7% des voix,
contre 46,3% pour son rival Bruno Retailleau. Après avoir appelé à l’unité de
son parti hier soir sur TF1, le député des Alpes-Maritimes s’exprime ce matin
sur RTL. Il est attendu à 16 heures au siège du parti par Annie Genevard pour
la passation de pouvoir.
Tournée des
popotes. Après sa défaite, Retailleau a appelé le nouveau patron du parti pour
le féliciter, demandant au vainqueur d’être “au rendez-vous du rassemblement”.
Un appel aussi lancé par le troisième homme de ce congrès, Aurélien Pradié.
Ciotti a aussi eu au bigophone Laurent Wauquiez, François Baroin, Christian
Jacob ou encore Gérard Larcher (qui avait soutenu Retailleau). Le nouveau
patron des LR doit s’entretenir avec le président du Sénat cette semaine, a
indiqué hier soir à Playbook l’entourage du député.
La conquête de
l’Ouest. Cette victoire, sans triomphe, ne facilite pas la tâche de Ciotti qui
espère relever un parti affaibli et absent du pouvoir depuis dix ans. Il va
devoir rassembler une formation coupée en deux, et prouver aux militants qui
ont voté Retailleau que son choix de propulser Wauquiez comme candidat à la
prochaine présidentielle est le bon. Cette division est aussi territoriale :
“L’Ouest et le Nord vont devoir être convaincus”, textotait à votre infolettre un
membre du parti hier soir, jugeant que c’était là “l’enjeu des années à venir”.
Si vous êtes à la recherche d’encore plus d’analyses du scrutin, c’est ici, là,
ou encore là.
Allez, viens ! Le
camp présidentiel n’a pas tardé à réagir avec un appel du pied à faire rougir
Fred Astaire. Le secrétaire général de Renaissance Stéphane Séjourné lance ce
matin dans Le Parisien “un appel à la droite républicaine” à travailler avec la
majorité, sans pour autant “rejoindre une écurie présidentielle”. Ce proche du
chef de l’Etat acte l’impossibilité d’un “accord d’appareil” avec les LR. Pour
lui, Ciotti “va finalement dissoudre la droite dans l’extrême droite”.
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C’EST AUJOURD’HUI
MACRON POUSSE LE
CNR. Emmanuel Macron préside aujourd’hui à l’Elysée la deuxième session
plénière du Conseil national de la refondation (CNR), incarnation de la
“nouvelle méthode” promise pendant sa campagne présidentielle. Comme Playbook vous l’annonçait fin
novembre, ce point d’étape doit permettre de dresser un premier bilan des
débats et faire quelques annonces pour la suite.
Si vous
avez oublié ce qu’est le CNR, votre infolettre ne vous jugera pas : ce
dispositif n’a rencontré que peu d’adhésion en dehors des partis de la majorité
présidentielle, au moment de son coup d’envoi en grande pompe, le 8 septembre
dernier. Trois déclinaisons territoriales ont toutefois été lancées : sur la
santé, l’éducation et France Travail (le futur Pôle Emploi) ; sept CNR
thématiques sur des sujets aussi divers que le bien vieillir, le numérique ou
le logement viennent tout juste de voir le jour. Objectif modestement affiché :
réconcilier les citoyens avec la démocratie et passer outre les blocages pour
aboutir à des solutions concrètes.
Les sujets. Lors
des travaux de restitution qui dureront toute la journée, il sera question de
biodiversité, des inégalités ou de la dépense publique. Des initiatives
remontant des territoires sur l’école ou encore la santé seront présentées,
comme la mise en place d’un passeport prévention pendant la scolarité, d’un
magasin pédagogique ou encore d’un laboratoire de langues.
Et pour quoi
faire ? Pour le pouvoir, il y a urgence à démontrer l’utilité du CNR. “Il y a
une incompréhension sur la finalité. Si c’est ça renouveler la démocratie, on
est passé à côté”, estimait à ce sujet une députée de la majorité auprès de
votre infolettre la semaine dernière. Emmanuel Macron lui-même en a vanté
les mérites dans le JDD hier. “Ces CNR vont produire de la décision, des
changements concrets et rapides avec des moyens prévus pour cela”, a assuré le
chef de l’Etat, fustigeant à plusieurs reprises les “défenseurs des
corporatismes”, cette “maladie française”. Le chef de l’Etat a aussi profité de
son passage à un CNR consacré à la santé dans la Vienne, jeudi, pour annoncer
la gratuité des préservatifs pour les 18-25 ans dès 2023 (avant de dire à
Christophe Dechavanne sur Twitter son intention de l’étendre aux mineurs
également).
En mode itératif. Faisons une petite pause pour tenter de
comprendre ce que sont concrètement ces CNR. Malheureusement, la page “Méthode”
du site de l’exécutif n’explique pas vraiment comment ça fonctionne. En
revanche, une vidéo de restitution du ministère de la Santé semble montrer
qu’il s’agit d’un brainstorm géant à la sauce méthode Agile, où toutes les
personnes concernées sont rassemblées autour d’un budget Post-it bien
matelassé.
Veiller à prendre
plus d’avance… Elisabeth Borne, elle aussi, a donné de sa personne la semaine
dernière pour que le dispositif rencontre enfin un peu d’écho au niveau
national. Ainsi la Première ministre a-t-elle lancé deux CNR thématiques en
deux jours : l’un sur le modèle productif, vendredi, l’autre sur la jeunesse,
samedi. Lors des restitutions aujourd’hui, le chef de l’Etat pourra donc se
féliciter du fait que les sept CNR thématiques ont d’ores et déjà été lancés.
Pratique.
SCANDALE AU
PARLEMENT EUROPÉEN
QATARGATE. Hasard
du calendrier, une session plénière du Parlement européen démarre ce lundi à
Strasbourg, 72 heures après qu’a éclaté un retentissant scandale de corruption
en lien avec le Qatar, dans lequel est notamment visé l’une des
vice-présidentes du Parlement, Eva Kaili. Les présidents des groupes
parlementaires se réunissent à 15 heures ce lundi. Plusieurs réclament qu’un
débat sur le sujet soit organisé dans l’hémicycle dès cet après-midi, augurant
d’une séance plus agitée que d’habitude.
En résumé : la
socialiste grecque, ancienne présentatrice télé, a passé la nuit en prison.
Kaili a été mise en examen hier pour “appartenance à une organisation
criminelle, blanchiment d’argent et corruption”. Le procureur fédéral belge
suspecte le Qatar d’avoir versé d’importantes sommes d’argents et offerts des
cadeaux à des tiers afin d’influencer les décisions du Parlement en faveur — ce
que le pays dément. De fait, Kaili a régulièrement défendu l’émirat, estimant
notamment qu’il était “leader” en matière de droit du travail. Pas rien.
Coup de filet. Trois autres personnes ont été placées en
détention hier. Parmi elles
figurent le compagnon d’Eva Kaili, Francesco Giorgi, assistant parlementaire et
membre de l’ONG Fight Impunity. Cette organisation est au centre de l’enquête
puisque son président, l’ex-eurodéputé italien Pier Antonio Panzeri, a lui
aussi été arrêté (ainsi que sa femme et sa fille en Italie).
Des liasses, des
liasses, oui mais chez Panzeri. Le domicile de l’eurodéputé socialiste belge
Marc Tarabella a lui aussi été perquisitionné. Il n’est pas poursuivi à ce
stade. Au moins quinze autres perquisitions ont été menées par les enquêteurs,
qui ont notamment saisi 600 000 euros en cash chez Panzeri et du matériel
informatique.
Réactions. “On
n’achète pas des députés comme on achète des clubs de foot”, a dénoncé
l’eurodéputée LFI Manon Aubry, qui réclame la mise sur pied d’une commission
d’enquête. Dans une série de tweets et une vidéo, elle raconte les coulisses
des négociations pour la résolution du Parlement sur les droits humains au
Qatar qu’elle a fait voter. Raphaël Gluksmann, qui fait partie du groupe
S&D, dont la majorité des suspects sont issus, a immédiatement pris ses
distances : “On ne sauvera pas notre démocratie sans un grand nettoyage,”
a-t-il dit à mes collègues outre-Quiévrain. “Peu m’importe s’il s’agit de
sociaux-démocrates.”
Sanctions. La
présidente du Parlement Roberta Metsola a suspendu Kaili de ses fonctions de
vice-présidente. Une décision qui devra être validée par un vote du Parlement.
D’après ma collègue Sarah Wheaton, les eurodéputés devraient lui retirer son
immunité parlementaire. Certains l’appellent à démissionner de son mandat.
Liens. Mes
collègues de Bruxelles sont évidemment à pied d’œuvre pour vous tenir informés
sur ce scandale. Pour lire leurs articles (en anglais), c’est ici, ici ou là.
Ne manquez pas non plus bien sûr l’édition du jour du Brussels Playbook, par
mon collègue Nick Vinocur. Citons aussi nos confrères du Soir, à Bruxelles, qui
font un travail remarquable sur le sujet depuis plusieurs jours.
BAYROU AGACE
(ENCORE)
CARTON ORANGE.
L’interview de François Bayrou sur les retraites, en une du Journal de
dimanche, hier, a fait grincer quelques dents au sein de la majorité
présidentielle. “La forme est inacceptable”, pestait par exemple le conseiller
parlementaire d’un poids lourd macroniste interrogé par votre infolettre.
Bayrou critique, mais “il n’a pas les moyens de peser. La réforme se fera”,
grommelait encore dans la soirée un cadre du groupe Renaissance.
L’interview en
trois lignes : s’il sait la réforme nécessaire, Bayrou émet des réserves sur
deux points de méthode.
Petit un. Le
gouvernement n’aurait pas fait, selon lui, la “pédagogie” du projet de telle
façon que les Français puissent se “forger une conviction”.
Petit deux. Ce
n’est pas très malin, à ses yeux, d’évoquer d’entrée de jeu un possible recours
au 49.3. “On ne doit pas entrer dans cette réforme avec l’idée qu’on va couper
court au débat”, explique-t-il.
Petit trois. Sur
le fond, Bayrou propose en sus d’augmenter (un peu) les cotisations patronales
retraites, ce que refuse le gouvernement.
Idée fixe. Bayrou
alertait en réalité depuis plusieurs semaines sur le manque de pédagogie
supposé de l’exécutif, plaidant notamment pour l’organisation de “grandes
réunions publiques” (avec des post-its ?). “Il faut que l’opinion publique soit
partie prenante de cette réflexion”, avait-il confié à votre infolettre début
novembre. Un mois et demi plus tôt, déjà, le maire de Pau avait secoué la
Macronie en mettant en garde contre tout “passage en force” sur cette réforme
et réclamant — avec d’autres — trois ou quatre mois de concertations, ce
qu’Emmanuel Macron avait fini par lui accorder.
Défilé. Avant de
présenter les détails de la réforme jeudi, Elisabeth Borne recevra à nouveau
les présidents de tous les groupes parlementaires. Les communistes André
Chassaigne et Eliane Assassi seront les premiers reçus aujourd’hui à Matignon.
PLAYBOOK EXPRESS
NI MUETS NI
SOUMIS. Dans un parti qui a l’habitude de régler ses affaires en famille, le
grand déballage auquel on assiste ces dernières heures au sein de La France
insoumise a quelque chose d’inédit. Après la mise sur orbite de Manuel Bompard
à la tête de la coordination de LFI ce week-end, plusieurs figures du mouvement
critiquent en effet à visage découvert son manque de démocratie interne.
Ruffin amer.
C’est le cas du député Eric Coquerel mais aussi de son collègue François
Ruffin. Le Picard a dénoncé hier sur LCI le mode de désignation de la nouvelle
direction, “qui s’est faite au consensus d’un petit groupe qui s’est mis
d’accord avec lui-même”. Celui qui s’est toujours tenu à la marge de LFI aurait
aimé avoir un rôle, mais il fait seulement partie d’un Conseil politique, tout
juste créé et qui ne sera pas, à ses yeux, une instance stratégique.
Cristiano
Ruffindo. “Au départ, je pensais que j’allais être seul sur le banc de touche,
et puis finalement, je vois que la moitié de l’équipe reste au vestiaire. Je
vais discuter avec mes camarades pour voir quelle attitude on peut avoir sur le
sujet”, a ajouté Ruffin. Conclusion sans langue de bois : “Je suis un plutôt
triste parce qu’au lieu d’un élargissement, on a un rétrécissement.”
Ça ne lui va pas,
Autain. C’est le cas aussi de la députée Clémentine Autain qui, elle aussi, a
des ambitions pour la suite. En une de Libération, elle charge lourdement la
nouvelle direction de LFI, “choisie par cooptation” selon elle, “sans aucun
effort de pluralisme dans sa composition”. Elle dénonce “le repli et le
verrouillage” du parti, “assumés de façon brutale”. Elle estime enfin que “ceux
qui ont une parole différente du noyau dirigeant actuel” sont “marginalisés” et
elle appelle “à démocratiser LFI”. Réponse de Mélenchon, un brin bilieux sur Facebook : “Toute la une pour
nous salir.”
AUSSI À L’AGENDA
Emmanuel Macron
préside à partir de 10 heures la deuxième session plénière du Conseil national
de la refondation (CNR) en présence d’Elisabeth Borne et de membres du
gouvernement. Le président dîne à 20h40 avec le premier ministre norvégien
Jonas Gahr Støre et la présidente de la Commission européenne Ursula Von der
Leyen.
Elisabeth Borne
s’entretient à 19 heures avec André Chassaigne et Eliane Assassi,
respectivement président et présidente des groupes parlementaires communistes
(et apparentés) autour de la réforme des retraites, en présence de Franck
Riester et Olivier Dussopt. Elle dîne avec son homologue ukrainien Denys
Chmyhal.
Hervé Berville
est à Bruxelles pour le conseil des ministres de l’UE qui définit les quotas de
pêche pour 2023. Jean-François Carenco est en Guyane. Il participe à 8h45 à une
réunion avec Marie-Hélène Charles, maire de Saül et Pascal Vardon, directeur du
Parc amazonien de Guyane, sur les enjeux énergétiques et d’eco-tourisme. Il
inaugure une école et les nouveaux locaux de la gendarmerie à Grand Santi. A 18
heures, il rencontre les élus de la communauté de communes de l’Ouest guyanais.
Assemblée
nationale : suite de la discussion du projet de loi énergies renouvelables en
séance publique à partir de 16 heures. Pieyre-Alexandre Anglade, président de
la commission des affaires européennes, accueille à 17 heures lors d’une visite
officielle à l’AN le Premier ministre ukrainien, Denys Chmyhal. Le député LFI
Rodrigo Arenas présente à 11 heures une proposition de loi visant à donner aux
parents d’élèves la possibilité de garder leurs enfants en cas d’événement
climatique extrême et de fermeture de l’établissement scolaire de leur enfant
sans perdre aucune journée de salaire. Les députés LFI François Piquemal et
Nadège Abomangoli présentent à 15 heures leur proposition de loi visant à
renforcer la prévention contre les pratiques commerciales illicites liées au
marché de l’influence sur internet et à renforcer la lutte contre ces
pratiques.
Premier
déplacement de la nouvelle secrétaire nationale d’EELV, Marine Tondelier, à
Colombes autour de l’écologie populaire. Elle visite le centre social et
culturel Europe à 11h40, visite la prairie du moulin Joly à 12h30 puis se rend
dans un quartier prioritaire de la ville à 13 heures.

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