Playbook Paris: Remanimania— Borne voyait plus
grand — Coquerel tourmenté
BY JULIETTE
DROZ AND PAULINE DE SAINT REMY
July 4,
2022 7:01 am
POLITICO
Playbook Paris
Par JULIETTE DROZ
et PAULINE DE SAINT REMY
Bonjour à toutes
et à tous, bon réveil, nous sommes lundi 4 juillet.
C’EST AUJOURD’HUI
IMMINENT
REMANIEMENT. L’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale, attendue depuis
le second tour des élections législatives, n’est donc plus en principe qu’une
question d’heures. Après plus d’une semaine passée loin de Paris, Emmanuel
Macron n’a pu s’atteler véritablement au sujet que ce week-end — mercredi, au
sommet de l’Otan, le chef de l’Etat ne disposait pas même de son téléphone pour
échanger quelques messages. N’empêche,
la liste des nouveaux entrants serait d’ores et déjà ficelée.
Si les passations
de pouvoir sont organisées dans la foulée, le gouvernement pourrait donc enfin
s’afficher au grand complet cet après-midi, puisqu’un Conseil des ministres
consacré à quelques sujets d’urgence est convoqué. Ce sera le coup d’envoi
d’une semaine que l’Elysée conçoit comme une séquence d’accélération : mardi,
selon le Château, Emmanuel Macron réunira en effet autour de lui les ministres
concernés par les questions de pouvoir d’achat. La présentation du projet de
loi, elle, est renvoyée à un second conseil des ministres jeudi. Il est, pour
l’heure, attendu le 11 juillet en commission à l’Assemblée.
Ce qu’on sait
déjà. Trois ministres battues aux législatives doivent être remplacées : la
ministre de la Transition écologique Amélie de Montchalin, la ministre de la
Santé Brigitte Bourguignon, et la secrétaire d’Etat à la mer, Justine Benin. La
nouvelle présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a également
libéré une place au ministère de l’Outre-mer. Les portefeuilles du Logement, du
Numérique, de l’Industrie, des Transports et de la Ville restent aussi plus que
jamais à pourvoir. Il faudra enfin probablement trouver un nouveau ministre des
Solidarités. Le sort de l’actuel, Damien Abad, est en effet “scellé” depuis
qu’une enquête a été ouverte contre lui pour tentative de viol, à en croire des
membres de l’entourage du président. Il fait par ailleurs l’objet d’un nouveau
témoignage ce matin sur BFMTV.
N’allez pas vous
attendre pour autant à un chamboule-tout au message politique très fort : selon
plusieurs de ses interlocuteurs récents, joints par Playbook hier, le chef de
l’Etat n’aurait à peine plus d’intentions que de procéder aux nominations
utiles. Aurait-on oublié à l’Elysée qu’Emmanuel Macron avait chargé sa Première
ministre, le 25 juin dernier, de lui présenter “la composition d’un nouveau
gouvernement d’action” ? Ou le président de la République n’aurait-il, en
réalité, que peu de noms à inscrire à son tableau de chasse ? “L’élargissement
s’est fait avant l’élection, ce n’est pas l’objectif de faire des débauchages”,
prévenait en tout cas hier soir un conseiller élyséen.
**Un message de
Google : La nouvelle région Google Cloud en France vient se connecter aux 33
régions existantes. Ensemble, relevons vos défis.**
LES NOMS
QUI TOURNENT. Certaines entrées possibles, comme celle de l’ex-filloniste
Caroline Cayeux, étaient déjà évoquées pour les précédents remaniements. La maire de Beauvais n’est d’ailleurs plus
perçue comme une prise de guerre de droite depuis longtemps. Certes, le nom de
la présidente de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais, a aussi été
testé. “Mais si on en prend deux ça changera pas l’équation”, commentait le
même conseiller.
Vautrin mieux que
deux tu l’auras. Notre conseiller précise aussi qu’Emmanuel Macron pourrait
aussi décider de se “garder certaines cartes pour plus tard”, comme celle de
l’ancienne ministre Catherine Vautrin, dont le nom circule pourtant
abondamment. A moins que… ce ne soit l’inverse : “Vautrin ne saurait entrer
dans un gouvernement autrement que comme PM. Je sais que c’est les soldes, mais
quand même…” nous écrivait, amusé, un stratège macroniste hier soir. Côté
gauche, peu de noms ont circulé, hormis, celui régulièrement évoqué du maire de
Clichy-sous-Bois, l’ancien socialiste et soutien de Macron Olivier Klein.
Robinet ouvert.
Une chose est certaine : Emmanuel Macron et Elisabeth Borne auront entre autres
fait des choix pour rééquilibrer la répartition des postes entre les forces
politiques de la majorité présidentielle. Le MoDem et Horizons ne sont, à ce
jour, représentés que par un membre du gouvernement chacun (Marc Fesneau, à l’Agriculture,
pour les premiers, et Christophe Béchu, aux Collectivités territoriales, pour
les seconds). Les noms du député Jean-Noël Barrot et de l’ex-secrétaire d’Etat
Sarah El Haïry circulent notamment pour les bayrouistes. Le premier étant
pressenti au commerce et au tourisme. Celui du maire de Reims Arnaud Robinet
aurait été testé, entre autres philippistes, de même que celui du
député-médecin urgentiste Thomas Mesnier. Autre impératif à prendre en compte :
le respect des règles de parité hommes-femmes, qui leur complique la tâche. Du
côté des macronistes pur sucre, le nom de Clément Beaune, le ministre délégué
aux Affaires européennes qui a remporté une victoire législative sur le fil à
Paris, est cité parmi les possibles promus.
BORNE VOYAIT PLUS
GRAND. Il faut dire qu’Elisabeth Borne ne se faisait pas tout à fait la même
idée, de son côté : “Le remaniement qu’elle a en tête n’est pas forcément que
technique. Elle aimerait bien marquer son territoire avec quelque chose
d’important, alors que ce n’est pas forcément le souhait du président, qui
n’aime pas trop bouger les choses”, glissait hier après-midi à votre infolettre
un parlementaire ayant ses entrées à l’Elysée. Concrètement, la Première
ministre aurait espéré un changement à la tête de l’une des places fortes
gouvernementales : le ministère de l’Intérieur.
“Elle veut la
peau de Darmanin, ça, c’est vrai” nous confirmait dans la foulée un conseiller
de l’exécutif bien informé, tandis qu’un autre estimait que la cheffe du
gouvernement ne se faisait que la “porte-parole” d’une partie (gauche) de la
Macronie sur ce sujet. Les deux balayaient pour autant aussitôt l’hypothèse
d’un départ du locataire de la Place Beauvau. Darmanin serait “indispensable”
au dispositif politique présidentiel. Et bien qu’affaibli et agacé par
l’épisode du Stade de France, et qu’il se soit aussi pris à rêver de présidence
de l’Assemblée au lendemain du second tour, il n’aurait pas d’autre piste
d’atterrissage en vue au sein du gouvernement.
Question de
confiance. Une dernière question reste à trancher pour le duo exécutif :
faut-il que la Première ministre engage la confiance de son gouvernement,
mercredi, lors de sa déclaration de politique générale ? Nous pourrions bien
être fixés ce soir. Car si elle décidait de le faire, au titre de l’article 49
de la constitution, cela doit faire l’objet d’une délibération en Conseil des
ministres en amont, ce qui se fera vraisemblablement dès ce soir. Comme vous
l’écrivait Playbook la semaine dernière, autour du chef de l’Etat, certains y
sont favorables, comme le prédécesseur de Borne, Edouard Philippe, ou encore
l’ancien président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.
Majo sans majo =
la tête à Bobo. De quoi faire grincer des dents autour d’Emmanuel Macron : “Les
mêmes qui proposaient de virer Borne sont ceux qui lui suggèrent d’y aller,
mais elle est polytechnicienne, elle sait compter”, ironisait un proche hier au
téléphone. “Je n’y crois pas un instant. C’est comme dire à quelqu’un ‘mets ta
main dans le feu pour voir si ça brûle'”, cinglait, dans la même veine, un
conseiller de l’exécutif, par message. En cas de défaite, la PM serait tenue de
démissionner avec son gouvernement.
Restent deux
possibilités : pas de vote ou un vote au titre de l’article 50-1, qui n’engage
pas la responsabilité du gouvernement, mais n’annule pas pour autant le risque
d’une défaite symbolique. Elisabeth Borne redoute notamment, a ouï dire
Playbook, un scénario où elle l’emporterait grâce à l’abstention de députés du
RN, et le procès politique qui s’en suivrait. Le risque est réel. D’autant que
l’entrée éventuelle de députés au gouvernement ferait perdre autant de voix
précieuses à la majorité.
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COQUEREL
TOURMENTÉ
SILENCE
DANS LES RANGS. Hier, du début d’après-midi à la toute fin de soirée, une
étrange virus semblait avoir grippé les téléphones de nombreux cadres et élus
de la France Insoumise. Alors que nous les sollicitions au sujet des
accusations visant le mélenchoniste historique Eric Coquerel, les deux petits V
de WhatsApp avaient beau scintiller en bleu, c’est comme s’ils ne pouvaient
répondre. Sans parler des appels dans le vide. Tandis que la nuit commençait à
tomber, un conseiller finissait par nous confirmer qu’il tentait, péniblement,
comme d’autres, de garder son sang-froid mais qu’il était “en rage” face à une
situation “ubuesque”, un “tribunal qui s’est installé” sur les écrans de télé
et que “les gens regardent comme un feuilleton”.
“Cabale” et
“barouf”. Preuve s’il en fallait de l’agacement général chez les insoumis, le
premier d’entre eux s’est fendu d’une cascade de gazouillis énervés et
distillés au fil du week-end. Jean-Luc Mélenchon s’est ainsi dit “écoeuré” par
les attaques contre Eric Coquerel, pointant tantôt “une petite bande qui
instrumentalise et rabougrit la lutte (…) contre les violences sexistes et
sexuelles”, tantôt les médias qui “organisent un défilé d’accusateurs qui ont
en point commun leur activisme (…) contre LFI”. L’ex-député des
Bouches-du-Rhône y a même vu planer l’ombre de l’extrême-droite, dénonçant une
“forme de revanche manipulatoire” après la victoire du néo-président de la
commission des finances face au Rassemblement national la semaine passée. En
conséquence de quoi Méluche a annulé l’interview télé qu’il devait donner à 10
heures ce matin sur BFMTV, ponctuant son dernier tweet d’un “je n’irai pas (…)
participer à cette mise en scène”.
Rappel des
faits. Sophie Tissier, une ex-gilet jaune, a annoncé hier sur BFMTV qu’elle
avait déposé une pré-plainte en ligne contre Eric Coquerel, accusant ce dernier
de comportements inappropriés en 2014, en marge des universités d’été du parti
de gauche. Sur le plateau de la chaîne, Sophie Tissier a notamment dénoncé des
“gestes déplacés” et des “mains baladeuses” lors d’une soirée dansante, suivie
de textos et de “propositions” alors qu’elle l’avait “recadré”, assure-t-elle
encore. “J’étais angoissée, je me sentais comme une proie, il était
oppressant”, a-t-elle poursuivi, évoquant son traumatisme face à ce qu’elle
décrit comme l’insistance de celui qui était alors l’un des principaux cadres
du parti de gauche. Samedi, Sophie Tissier avait accepté d’être citée dans un
article de Mediapart. En 2018, elle avait témoigné auprès du magazine Causette,
mais sans que son nom ou celui d’Eric Coquerel ne soient explicitement
mentionnés.
Je l’ai signalé.
À ce stade, Sophie Tissier ignore si elle ira au bout de sa démarche auprès de
la justice. La balle est, dit-elle, dans le camp de la France insoumis.
Elle attend les conclusions du comité contre les violences sexistes et
sexuelles du parti, qui doit entendre son témoignage dans les jours qui
viennent, selon l’une de ses membres jointes par votre infolettre ce dimanche.
Hier, en fin de matinée, Tissier a transmis un signalement par mail à cette
cellule interne de LFI, qu’elle n’avait pas souhaité saisir plus tôt, car “ce
n’était pas suffisamment grave”, jugeait-elle alors auprès de Mediapart. Selon
l’insoumise citée plus haut, cette instance aurait donné lieu à une quinzaine
de procédures de mises à l’écart depuis sa création en 2018, dont celle de Taha
Bouhafs, qui a occasionné quelques suées à gauche, à l’orée des législatives,
en mai dernier.
Parole contre parole. Hier, de son côté, Eric Coquerel a
pour ainsi dire passé sa journée à nier les faits qui lui sont reprochés,
d’abord dans une tribune au JDD, puis dans une interview sur BFMTV à l’heure du
déjeuner. “Ce signalement a été
contradictoire dans le temps. J’ai été victime pendant des mois de rumeurs, à
partir d’absolument rien”, a-t-il affirmé. “On verra (…) s’il y a une plainte
sur des faits étayés, devant la justice, j’en serais fort étonné puisque Sophie
Tissier reconnaît elle-même qu’il n’y a pas de fait délictueux”, ajoutait-il
encore. Hier, à ces versions contradictoires s’ajoutaient celles de témoins de
la scène de 2014, ajoutant du flou au flou ambiant. Si certains appuient le
témoignage de Tissier sur Twitter, au moins deux autres participantes à la
soirée dansante ont affirmé l’inverse à votre infolettre.
Cartel écartelé.
Tandis que les principaux lieutenants insoumis serraient les rangs hier autour
d’Eric Coquerel, l’embarras était en revanche palpable chez certains de leurs
alliés de la Nupes. “Ce que décrit Sophie Tissier est exactement ce qui
décourage bien des femmes de militer (…) Nos organisations politiques sont
sexistes” écrivait ainsi l’écologiste Sandrine Rousseau sur Twitter. Interrogé
sur BFMTV, l’ex-LREM Aurélien Taché jugeait de son côté que si une plainte
venait à être déposée, Eric Coquerel “devra démissionner”, ajoutant qu’à ce
stade, “il ne semble y avoir rien de répréhensible légalement ou de motif de
plainte”.
A L’ECOLE DE LFI.
Au groupe LFI, où l’on regrettait hier un emballement qui “jette un discrédit
sur l’ensemble du combat féministe”, un conseiller glissait à Playbook qu’outre
un petit topo “ressources humaines” pour leur apprendre à gérer une équipe… les
députés insoumis bénéficieront d’une formation sur les violences sexistes et
sexuelles. Formation qui, nous dit-on était déjà dans les tuyaux avant
l’affaire qui nous occupe et aurait été esquissée dès la première réunion de
groupe.

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